Mise à jour le 01/04/2007
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San Finna N°407 du 02 au 08 Avril 2007
"Il n'est de Liberté qu'en dehors de l'Abus"

  

Au courant de la plume

LE PREMIER MINISTRE DEVANT LES DEPUTES
LE DERNIER TRAIN-TRAIN QUOTIDIEN

Ce 29 mars 2007, ce n’était pas la foule des grands jours pour entendre le Premier Ministre livrer son Discours sur l’état de la nation et répondre aux questions d’usage des députés. Atmosphère de fin de législature, climat de pré campagne, inutilité de ce genre de communication a minima entre le gouvernement et le parlement (où le premier Ministre ne peut qu’avoir le dernier mot devant une majorité parlementaire aux ordres), peuvent en être les causes.

Ernest Paramanga Yonli a donc, comme depuis 7 ans qu’il est vissé à la Primature, fait le show dans une atmosphère convenue mais plus désabusée que de coutume. Que faut-il en retenir ? A s’en tenir aux médias internationaux, ce sont les déclarations portant sur l’augmentation de 5 % des salaires, l’annonce des élections législatives pour le 6 mai 2007. Revenons-y donc.

Pour l’augmentation des salaires de 5 %, on peut dire que c’est toujours bon à prendre mais qu’au Burkina Faso, on n’est pas plus taré qu’ailleurs et que l’on sait aussi que la qualité de l’augmentation des salaires se mesure à son niveau d’indexation sur l’augmentation du coût de la vie. 5 % alors que les syndicats demandent plus de 20 %, que les Burkinabé n’arrivent pas à joindre les deux bouts, ça peut paraître vraiment dérisoire, encore plus au regard des demandes venant du secteur non salarié et ça peut surtout sembler « téléphoné » en considération de la période électorale ambiante.

Quant à l’annonce de l’ouverture prochaine de la campagne des législatives, elle peut donner lieu à des félicitations pour ce pays qui est présenté comme un modèle de stabilité mais on sait que cette élection se prépare dans les conditions les plus détestables qui soient du point de vue de la transparence démocratique.

Les preuves : la CENI est plus que jamais disqualifiée pour superviser dignement un scrutin. Dans sa composition, le pouvoir a aggravé sa position supra dominante et le fichier électoral reste cette boîte introuvable dont parlent les Sénégalais après leur dernière élection cabalistique. Par ailleurs, la votation se déroulera avec moult documents d’identification, laissant la porte ouverte aux fraudes habituelles et aux nouvelles autres qui trouveront l’occasion de tests grandeur nature. Alors, on nous le recopiera, le couplet sur le modèle de stabilité institutionnelle et démocratique !

Mais de la prestation du premier Ministre, on notera qu’elle aura donné l’opportunité aux uns et aux autres de jouer au jeu des questions/réponses. Thérapie parlementaire plutôt que pur exercice de démocratie parlementaire ? C’est à voir. En tout cas, chacun a joué sa partition.

Du côté de la majorité, on a passé son temps à opiner du chef, des lèvres et des bras aux propos du premier Ministre, félicitant au passage sans crainte des contradictions, le chef de l’Etat pour ses nombreuses médiations réussies. C’est ainsi que, emporté par l’élan glorificateur, on ira un peu gâcher les choses en évoquant la nécessité d’éradiquer le mercenariat en Afrique de l’Ouest. C’était, reconnaissons-le, comme parler de corde dans la maison d’un pendu quand on sait que le régime burkinabé n’a pas une place négligeable dans la pratique du mercenariat d’Etat. Il suffit pour cela de penser au Liberia, à la Sierra Leone, à l’Angola, à la Côte d’Ivoire…

Des questions viendront d’autres bancs pour tenter de rompre ce climat d’unanimisme. Elles dénonceront le fait que les autorités, si habiles à régler les questions qui contrarient la pratique démocratique à l’extérieur, se montrent si défaillantes en interne. Elles condamneront les carences du pouvoir dans la gestion de la méningite, le manque de communication du gouvernement par rapport à la dernière sédition des forces de défense et de sécurité, l’impunité grandissante, etc.

Voilà d’autres faits saillants à retenir mais qui, pour sûr, ne suffiront pas à réconcilier les gouvernés et les gouvernants au sujet de la déconnexion grandissante de la gouvernance d’avec les réalités nationales. Au final, d’après le tableau fait par le premier Ministre, tout baigne quasiment.

C’est vrai qu’on ne peut pas dire que rien n’a changé au Faso, qu’il n’y a pas eu tous ces forages, tous ces barrages, plus de voies bitumées et réfectionnées, qu’on n’a pas construit plus d’écoles au niveau de l’éducation et de dispensaires au niveau de la santé, qu’il n’y a pas plus d’immeubles à Ouagadougou, que par conséquent le pays est resté figé. Mais toutes ces avancées se sont-elles faites au rythme de l’accroissement de la population et corrélativement de ses besoins ? Y a-t-il eu développement partagé, protégeant de la fracture sociale par une bonne politique de redistribution ? C’est à l’aune de ces paramètres que l’on sera tenté de revoir à la baisse, la satisfaction du premier Ministre d’autant que par ailleurs, sur bien d’autres points, les propos de Mr Yonli versent carrément dans l’autisme sinon dans cette hypocrisie d’Etat dans laquelle le pouvoir est maintenant passé maître.

Un point qui dénote le surréalisme du propos du premier Ministre se trouve dans l’appréciation qu’il fait de l’insécurité. Elle aurait été quasiment éradiquée. Voilà qui doit donner de l’urticaire aux Burkinabé des villes et des campagnes qui voient chaque jour leur liberté d’aller et venir, leurs biens, leur intégrité physique, menacés par l’incapacité de l’Etat à assurer comme il se doit, la sécurité collective.

Une autre déclaration décalée se trouve dans l’évocation de l’affaire de la pandémie des crimes de plus en plus barbares commis au Faso comme étant la conséquence du choc des valeurs des sociétés traditionnelles et modernes. C’ est tout à fait ahurissant. C’est là une fuite de responsabilité par rapport aux défaillances du pouvoir qui sont à la base de la structuration de l’impunité et de l’évanescence de l’autorité de l’Etat. On relèvera au passage justement que cette mise en équilibre au cours de son discours, entre la douleur des familles de Maré Bambo et Bancé Sampandé et le préjudice des propriétaires de la chaîne des bars Kundé n’aura pas contribué à dissiper le sentiment répandu d’un plaidoyer Prodomo pour les Kundé et voire même d’une maladroite substitution à la justice pour les mettre hors de cause. Si les propriétaires de la chaîne des Kundé méritent réparation pour les préjudices subis et réhabilitation de la République, encore aurait-il fallu laisser la justice en décider, sans interférence.

On relèvera au total que là où le premier Ministre semble avoir un peu trop appuyé sur la pédale, c’est lorsqu’il a carrément plongé dans l’autosatisfaction en ce qui concerne la justice et les droits humains qu’il a érigés en « pierres angulaires » du projet de société du gouvernement. Une telle assurance montre bien la défaillance des mécanismes institutionnels de sanctions car s’il est un mal qui cheville au corps la société burkinabé et qui en entrave la construction démocratique, c’est bel et bien l’impéritie de la justice qui arrache maintenant jusqu’à des remontrances internationales et à des mouvements de mauvaise humeur assourdissants de la part de la grande Muette. Ne serait-ce que sur ce plan, le gouvernement de EPY méritait la motion de censure.

Au fond, le décor, encore une fois, était planté et le premier Ministre a dit ce qu’il avait à dire aux députés, en complicité avec sa majorité. De leur côté, les députés se réclamant de quelque différence ont aussi dit ce qu’ils avaient à dire. Comme expression vivante du grand jeu et du surréalisme de l’ambiance, il a été donné à voir un président Roch Marc Christian Kaboré, plus agité que de coutume, des personnalités mâchouillant comme des chewing-gums ou portant à la bouche le cure-dent national. Visiblement, à un moment, le spectacle était ailleurs que dans le réchauffé du premier Ministre qui aura, donnons lui en acte tout de même, tenu le coup en restant aussi longtemps debout, sans perdre le fil de son intervention et se payant même le luxe de l’improvisation comme de l’humour. Mais quand on joue autant sur du velours, il n’y a franchement pas de difficulté à maîtriser les choses ou à avoir les pétoches !

La Rédaction





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