San
Finna N°407 du
02 au 08 Avril 2007
"Il n'est de Liberté qu'en dehors de l'Abus"
MEURTRES
ET ACTES DE BARBARIE
DE MARE BAMBO ET BANCE SAMPANDE
ENTRETIEN AVEC DAOUDA SAMBARE
San Finna a tenu à se rendre à
Zabré pour en savoir davantage sur les sentiments
des familles des victimes dans l’affaire qui a défrayé
la chronique et choqué tout un peuple : le double
assassinat suivi d’actes de barbarie de Maré
Bambo et Bancé Sampandé . Nous avons rencontré
pour vous, Monsieur Sambaré Daouda. Nous avons
également rencontré le jeune Bancé
Seydou. Le premier est l’un des fidèles compagnons
de la victime Maré Bambo et le second est le premier
fils de la deuxième victime, Bancé Sampandé.
Il laissera parler l’aîné. Lisez plutôt.
San
Finna : Pouvez-vous vous présenter à nos
lecteurs.
Daouda
Sambaré : Je suis Daouda Sambaré,
ami de longue date de Maré depuis qu’on était
tous apprentis chauffeurs, commerçants et que sais-je
encore ! Il était un homme sociable, courtois,
vraiment les qualificatifs me manquent pour faire comprendre
quel genre d’homme était Maré Bambo.
Il n’était pas seulement un ami pour moi
mais un frère.
San
Finna : Dites-nous ce que vous savez de cette histoire
d’achat de véhicule qui est à l’origine
du drame ?
Daouda
Sambaré :
La veille de son assassinat, le lundi matin, il m’a
demandé d’accompagner Bancé Sampandé
pour qu’il aille voir un véhicule à
Pagalayiri et je lui ai dit que je ne connaissais pas
très bien le lieu et il m’a laissé
comprendre que le sieur Bancé connaissait les lieux.
C’est ainsi que j’ai amené le Monsieur
au lieu indiqué. Quand nous sommes arrivés,
on nous a laissé comprendre que celui-là
même qui est censé nous vendre le véhicule
n’était pas sur place mais ils nous ont posé
la question de savoir si on était venu avec le
reste de l’argent.
Maré
Bambo
Bancé
Sampandé et sa famille
C’est
ainsi que Bancé Sampandé a répondu
Oui, qu’il est effectivement venu avec l’argent.
Après, il leur a demandé de lui présenter
le véhicule. C’est ainsi que ces derniers
nous ont dit qu’ils ont déposé
le véhicule en lieu sûr. Nous avons
ainsi rebroussé chemin. Le lendemain mardi
vers 11 h, Mr Maré Bambo a remorqué
le sieur Bancé Sampandé pour aller
voir le véhicule. De 11 h à 15 h,
ils étaient toujours sans nouvelles.Je me
suis renseigné auprès des autres camarades
et on m’a laissé entendre qu’on les
a pas encore vus. C’est ainsi que j’ai tenté
de l’appeler mais en vain. J’ai commencé
à m’inquiéter. Le mercredi à
la première heure, je me suis rendu chez lui à
domicile et on m’a dit qu’il n’était
toujours pas rentré. C’est ainsi que j’ai
dépêché un enfant pour informé
Maré Salif et Maré Moustapha pour les informer
que leur frère Maré Bambo n’était
toujours pas rentré. C’est ainsi que nous
avons sillonné les commissariats, les sapeurs pompiers,
les services de santé mais on était toujours
sans nouvelles d’eux. La famille a alors décidé
de se réunir et convoquer le vendeur de véhicule
qui n’est autre que Modibo Maïga.
San
Finna : Et alors ?
Daouda
Sambaré :
Les collaborateurs de Modibo Maïga ont laissé
comprendre à la famille Maré qu’effectivement
ils sont venus mais qu’ils les ont conduits à
Ouaga Inter au bureau de Maïga Modibo qui est leur
patron.
Mais quand ils sont arrivés chez Modibo, il se
trouvait que ce dernier avait déjà vendu
le véhicule et que ce dernier aurait restitué
l’avance d’un million de fcfa pour l’achat
du véhicule. Et ils les ont ramenés. Arrivés,
ils ont pris leurs motos (Maré Bambo et Bancé
Sampandé) pour aller voir un autre véhicule.
Les jours passent et toujours pas de nouvelles. La famille
interpelle une fois de plus Maïga Modibo.
Quand il est arrivé là où la famille
Maré tenait la réunion, il suait à
grosses gouttes. Il reconnaîtra qu’effectivement,
ils sont venus mais qu’ils ont accusé un
retard. Pour cela, il va retenir 150.000 f sur les 1 million
versés, et cette proposition a été
balayée du revers de la main par les acheteurs.
Comme cette proposition a été rejetée,
il a dit Maré Bambo qu’il a un autre véhicule
qui est à Lomé au Togo mais pour ce véhicule,
il va falloir qu’ils ajoutent 500.000 f. Ils ont
accepté cette proposition à condition qu’il
leur restitue les 1 000 000, et que, dès que le
véhicule va arriver, ils vont payer.
A partir de cet instant, la famille a commencé
à douter de la bonne moralité de Maïga
Modibo. Entre temps, un enfant appelle depuis Ouagadougou
pour nous dire qu’il semblerait que des bandits
ont attaqué des Bissa à Saaba et que, sur
place là-bas, une pièce d’identité
burkinabé au nom de Maré Bambo aurait été
trouvée.
C’est ainsi que nous nous sommes rendus là-bas.
Arrivés, nous avons chercher à nous informer
auprès de la population.
Les personnes avec lesquelles nous avons eu l’information
nous ont laissé comprendre qu’effectivement
des individus étaient à bord d’une
double cabine blanche, et qu’entre temps, un des
occupants serait sorti par force au niveau du CSPS du
village, en faisant le tour du CSPS et en criant «
au secours ». Et c’est à cet instant
qu’il a été abattu par une balle.
Quand il est tombé, ils sont montés sur
lui avec le véhicule à deux reprises avant
de la prendre et le jeter dans le véhicule.
C’est à ce moment que maintenant nous avons
compris que c’est le nommé Modibo Maïga
et son groupe qui ont tué Maré Bambo et
son compagnon d’infortune, Bancé Sampandé.
De retour à Ouaga, nous avons alerté la
police et il fut arrêté.
La mort tragique de Maré Bambo a laissé
un vide à la garde Ouaga Inter. C’est grâce
à lui qu’il y avait la cohésion et
l’entente à la gare routière Ouaga
Inter. Il n’est vraiment pas évident qu’on
ait quelqu’un qui puisse faire ce que Maré
Bambo faisait.
Si on demandait notre avis, nous aurions souhaité
que ceux qui ont tué Maré Bambo et Bancé
Sampandé subissent le même sort que les deux
infortunés.
En effet, ce qui nous fait le plus mal, c’est la
manière dont ils ont été assassinés,
des corps sans têtes, sans membres inférieurs
et supérieurs, et de surcroît éparpillés
un peu partout dans la ville de Ouagadougou.
Je ne suis pas un sage et je ne suis pas un enfant car
j’ai bientôt 50 ans. J’ai vu des tueries
mais depuis que je suis né, je n’ai jamais
rencontré ce genre d’horreurs. C’est
un sérieux problème pour les deux familles
qui sont appelées à faire face.
Maré Bambo a laissé derrière lui
4 veuves et 23 orphelins et Bancé Sampandé
à 24 enfants et son premier fils est né
en 1975.
Quel acte crapuleux ! Comme dirait l’autre, nul
n’a le droit d’exterminer son prochain à
des fins sacrificielles et surtout pas de cette façon.
C’est vraiment horrible et révoltant.
En ce qui concerne Bancé Sampandé, il a
vendu son véhicule pour acheter un autre. D’après
sa famille, il avait en sa possession 6.000.000 fcfa en
plus du million versé comme avance. Au moment où
nous parlons, on ne sait pas quelle direction l’argent
a pris. On s’en remet aux autorités burkinabé
et à la justice.
Comme vous le savez, il a été tué
à Saaba, dépecé et jeté, une
partie à Yagma, Nabitenga, barrage de Boulmiougou,Tanghin
barrage et que sais-je encore…
San
Finna : Vous ne pensez pas que ce qui vient de se produire
est le résultat de l’impunité qui
sévit au Faso ?
Daouda
Sambaré :
Point n’est besoin de le dire. Ce qui est sûr,
si rien n’est fait pour que justice soit rendue
à ces deux familles éplorées, je
craint fort que quelque chose se passe dans ce pays car
il est inconcevable qu’on permette à des
individus sans foi ni loi de commettre des crimes de la
sorte, et que justice ne soit pas rendue.
San
Finna : Que comptez-vous faire au cas où une suite
n’est pas donnée à cette affaire ?
Daouda
Sambaré :
Nous sommes, semble-t-il, dans un Etat de droit et personne
ne doit se rendre justice ; on est d’accord. Mais
si rien n’est fait pour apporter une lumière
à cette tragédie, je suis sûr et certain
que les familles des victimes seront obligées de
prendre leurs responsabilités et j’espère
qu’on n’en arrivera pas là. De toute
façon, donnons le temps au temps.
San
Finna : Que pensez-vous de la réaction des populations
ouagalaises suite à ce drame ?
Daouda
Sambaré :
Je crois que la réaction de la population se comprend.
Vous conviendrez avec moi qu’après la découverte
des corps, les gens aient été dépassés
par les évènements. C’est vrai qu’on
peut tuer quelqu’un mais le tuer et le dépecer,
c’est vraiment inimaginable. C’est pour exprimer
leur ras-le-bol par rapport à ce drame. Si la population
avait l’intention de se rendre réellement
justice, on n’en serait pas là. Ce que les
autorités burkinabé peuvent faire, c’est
de travailler à faire la lumière sur ce
double crime odieux.
Si le gouvernement s’amuse à étouffer
ce problème, je crains que ça ne puisse
créer une situation ingérable. Comme je
l’ai dit plus haut, faisons confiance en notre justice
et l’on verra bien. Qui vivra, verra !
Enfin,
on ne peut que souhaiter que les associations de défense
des droits humains encore intègres s’assurent
que les Modibo Maiga et autres ne meurent pas de méningite
ou de palud en prison !