Mise à jour le 18/03/2007
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San Finna N°405 du 19 au 25 Mars 2007
"Il n'est de Liberté qu'en dehors de l'Abus"
 

Deux sons de cloche

FAUT-IL OU NON SAISIR LE CONSEIL CONSTITUTIONNEL
POUR FAIRE REPRENDRE LES ELECTIONS ?

Malgré que l’UNDD ait crié jusqu’à s’égosiller pour exiger une pause démocratique et donc, le report des élections, malgré les dénonciations venant d’horizons les plus divers sur les insuffisances du code électoral, malgré les demandes venant de mouvements de droits de l’homme, d’ONG, pour repenser nos institutions, les élections législatives s’organisent tambour battant. Il n’est pas étonnant que de sombres présages planent sur le futur et que des polémiques animent d’ores et déjà, le débat. Parmi celles-ci, il y a celle relative à la saisine du Conseil constitutionnel : faut-il oui ou non le saisir pour qu’il tranche sur le différend opposant ceux qui estiment que ces élections ne peuvent pas se dérouler sans violation du code électoral et de la Constitution et ceux qui tiennent mordicus pour dire qu’elles peuvent se tenir parce qu’aucune loi n’en souffrirait ? Deux sons de cloche.

CA NE SERT STRICTEMENT A RIEN DE SAISIR LE CONSEIL CONSTITUTIONNEL

Il faut comprendre ces politiques qui au Burkina Faso ou au Sénégal se refusent à saisir les instances suprêmes du type Conseil constitutionnel. En effet, lorsque sévit, dans les gouvernances nationales, la monopolisation des pouvoirs et la domestication de la justice, il ne sert à rien de défier le pouvoir devant les instances judiciaires, surtout sur des points sensibles comme les processus électoraux. Pourquoi ? Parce qu’il ordonnera de les classer sans suite, de débouter les demandeurs ou de faire du dilatoire. Actuellement, les opposants au Faso veulent ou ont déjà saisi le Conseil constitutionnel par rapport à ces élections qui se tiennent en violation du code électoral et de la Constitution. C’est vrai que l’article 156 du code électoral ne parle que de scrutin de liste, à la proportionnelle et au plus fort reste aussi bien pour la liste nationale que pour les listes provinciales ; c’est vrai que dans ce même article ni du reste dans aucun autre du code, il n’est pas expressément reconnu une combinaison de la majorité et de la proportionnelle ; c’est vrai enfin que l’existence de 15 circonscriptions à siège unique oblige en fait à tenir l’élection comme dans le cadre d’un scrutin uninominal où les choses seront pliées selon la loi de la majoritaire à un tour. Mais, mais, cela ne saurait prospérer auprès des juges qui sont là pour dire le droit, non pas au nom du peuple et pour le peuple, mais au seul avantage de ceux qui les ont placés là où ils sont. Il ne faut quand même pas oublier tous ces dossiers escamotés, passés aux pertes et profits. On a vu comment pour l’article 37 de la Constitution, les conseillers de cette haute cour ont tranché, sans état d’âme, en faveur de l’illégitimité et de l’injustice. On a vu leur comportement par rapport au désistement de Me Hermann Yaméogo à l’élection présidentielle, eux qui l’ont appelé pour avoir confirmation de son retrait pour ensuite siéger en catimini afin de le maintenir candidat à son corps défendant ! Et il ne faut surtout pas oublier les affaires Thomas Sankara, Norbert Zongo et toutes ces autres qui montrent à l’envie que saisir la justice chez nous quand on n’est pas du bon côté, c’est peine perdue ! Alors, mesdames et messieurs les candidats de l’opposition, mesdames et messieurs les responsables des partis, gardez vos forces, vos maigres moyens pour d’autres combats, pour mobiliser vos troupes : ce sera au moins ça de fait ! A bon entendeur…

 

TOMY.

IL FAUT SAISIR LE CONSEIL CONSTITUTIONNEL, NE SERAIT-CE QUE POUR L’HISTOIRE

Je ne suis pas d’accord avec ceux qui tirent argument de la dépendance de la justice par rapport à l’Exécutif pour renoncer à toute action contre le pouvoir qui méprise le code électoral et la Constitution. On a déjà vu, lorsque la pression était trop forte sur la justice, des réactions inattendues de sursaut. Actuellement, même si dans l’ensemble, la justice reste aux ordres, il existe des évolutions visibles au plan national et international qui devraient inspirer des désirs d’émancipation de la part des magistrats, des différents collaborateurs de la justice. Il n’est plus loin en effet le temps où chacun aura à rendre compte de ses lâchetés, de ses récupérations de ses silences. Qui aurait crû que Jacques Chirac serait en si mauvaise posture avant même d’avoir quitté le pouvoir, vis-à-vis de la justice ? Les choses peuvent se passer pareillement au Burkina Faso surtout qu’il manquera au pouvoir en place les protections internationales pour continuer à brider les droits de l’homme, la justice et la démocratie. De toutes façons, saisir la justice par rapport à ces élections qui se dérouleront en violation du code électoral et de la Constitution, est une nécessité. Cela permettra de réunir un élément à charge en plus pour l’histoire. Il y a en effet, ne l’oublions pas, dans les motivations de cette saisine, des éléments irréfutables, et le Conseil constitutionnel ne ferait que ternir davantage son image s’il passait outre dans la forme comme dans le fond pour débouter les demandeurs. Il est en effet injuste qu’une circonscription électorale qui ait 51.000 habitants comme la Kompienga puisse avoir 1 élu alors qu’une circonscription qui a 202.000 habitants comme le Tuy n’en ait qu’1 au lieu de 4. Il est déroutant qu’une circonscription comme les Balé ait 2 sièges avec 198.000 habitants et qu’une autre comme le Tuy n’ait qu’1 siège avec 202.000 habitants. Et c’est sans commentaires ! Par ailleurs, c’est une violation du code électoral et de la Constitution que de tenir une élection sur la base d’un système électoral qui n’est pas prévu par la loi : les élections dans les 15 circonscriptions à siège unique nous font passer du scrutin de liste à la proportionnelle au plus forte reste, au scrutin majoritaire à un tour, non expressément prévu par le code électoral. Cela au demeurant viole les articles 11 et 12 de la Constitution qui mettent les citoyens en égalité et en droit d’être électeurs et éligibles. Quel que soit le sort réservé à la saisine du Conseil constitutionnel, on gagne à cette saisine pour édifier le Peuple et pour les besoins de la mémoire historique.



TOZI.

Citation de la semaine

«Je suis allé une fois chez une voyante. Elle m’a dit qu’elle voyait autour de moi une grande déception. Elle a compris de quoi il s’agissait quand je lui ai dit que j’avais oublié mon portefeuille »

Coluche






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