Mise à jour le 18/03/2007
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San Finna N°405 du 19 au 25 Mars 2007
"Il n'est de Liberté qu'en dehors de l'Abus"

  

Au courant de la plume

« COMPAORE, CHEF D’ETAT OU DE LA MAFIA ? »
CE BRULOT D’AFRIQUE EDUCATION QUI FAIT LE TOUR DU FASO !

Décidément, il faut souvent lire la presse étrangère pour en savoir plus sur notre pays. C’est véritablement ce sentiment qui se confirmera à quiconque lira le bimensuel Afrique Education n° 223 du 1er au 15 mars 2007. Cela est si vrai que tous les stocks seraient épuisés et qu’on ferait appel aux photocopies pour satisfaire la demande. On y apprend, en dehors de tout ce qu’on savait déjà sur les crimes et les ingérences du régime, que dans son arrogance et son mépris, il a comme dépassé les bornes en commettant des erreurs de trop pour lesquelles il devrait payer sous peu.

En effet, Afrique Education nous rappelle d’abord qu’en aucun cas, le procès de Charles Taylor ne peut se tenir sans que Blaise Compaoré ne soit au moins appelé en cause. La Commission trilatérale appelée encore Groupe Bildeberg, qui a fait un travail de fourmi dans le dossier, a vraiment de quoi l’alpaguer !
Le magazine s’en explique en révélant que « sur les 32.000 pages de la Commission trilatérale sur Charles Taylor, pas moins de 7.000 lui sont (NDLR : à Blaise Compaoré) directement consacrées dans le rapport ». Il y est en particulièrement clairement établi, poursuit-il, que « Compaoré a reçu Charles Taylor en catimini pour discuter du nouveau plan de déstabilisation du Libéria conçu par Taylor dans la perspective de son évasion du Nigeria où il était (théoriquement) en résidence surveillée ».

Tout s’éclaire. L’ancien Procureur du tribunal spécial sur la Sierra Leone David Crane, qu’on a traité de tous les noms d’oiseaux, présenté comme un excité, ne mentait pas. Il savait bien de quoi il parlait lorsqu’il déclarait à tout vent qu’un avion burkinabé avait emmené Charles Taylor alors en détention, de son asile doré de Calabar, à Ouagadougou ! Ces faits (dignes de polars truculents), David Crane avait déclaré qu’ils avaient pour objet non seulement de préparer un putsch contre Lansana Conté mais de déstabiliser le Libéria. Tous ces propos, on s’en souvient, ont été relayés par nombre de médias internationaux dont RFI.

Si cette fois-ci, la mise à nu du rapport de la commission n’entraîne pas de démenti, ne fait ruer personne dans les brancards, c’est certainement parce qu’on se dit qu’il faut avoir un profil bas car ce coup-ci, les choses sont très sérieuses. Ce qui en tout cas est sûr, c’est que les satellites qui ont permis d’avoir tous ces éléments de preuve, ne mentent pas !

Mais Afrique Education ne s’arrête pas à la seule confirmation de faits qui datent de l’époque où Charles Taylor était au Nigeria. Il révèle que « l’étau se resserre » autour de Blaise Compaoré parce que par ailleurs, « Trois traders américains et deux de leurs collègues anglais viennent de fournir une série de documents compromettants sur les réseaux économico-mafieux du président burkinabé ».
A cet égard, un malheur ne venant jamais seul, Afrique Education rapporte ceci : «.. une enquête récente des entités d’espionnage américaines sur les marchés internationaux révèlent que le Burkina Faso de Blaise Compaoré, pourtant pays non producteur de cacao, de café et de diamants, vend ces produits sur les marchés de Chicago, de Londres et d’Anvers. Elle détaille en outre que ces produits vendus sont les produits ivoiriens que les rebelles de ce pays ont pillés ». Au journal de stigmatiser la « création de multiples réseaux mafieux qui opèrent en toute impunité dans les trafics de diamants, d’or, de cobalt, de caoutchouc, d’hévéa, de faux billets, d’armes, de cocaïne, et plus récemment dans le négoce du café et du cacao ». Comment dans ces conditions, donner totalement tort à tous ceux qui ont pu parler du Burkina Faso comme d’un Etat narcotique, mercenaire, mafieux ou voyou ?

Les choses sont si corsées que l’on ne plastronne plus aujourd’hui. On plastronne d’autant moins qu’avec le départ confirmé de Jacques Chirac, une couverture internationale de poids disparaît, laissant dorénavant tous les lieutenants comme Compaoré, en première ligne, sans protection et sans terrain de repli, pris au piège, se débrouiller.

Et pour le bimensuel, il ne faut pas aller chercher de midi à 14 heures pour comprendre pourquoi le chef de l’Etat burkinabé est soudainement devenu un ange, un amoureux de la paix. S’il fait ainsi patte de velours en se découvrant une nouvelle passion à travers les médiations, c’est parce qu’il veut se préparer des circonstances atténuantes sinon absolutoires, pour des accusations qui avancent à pas forcés contre lui.

Laurent Gbagbo, on le devine, n’est pas ignorant de tout cela. Il savait que tôt ou tard, avec le temps, les choses remonteraient en surface. Il a su seulement prendre son mal en patience, faire le dos rond. Il peut maintenant, pince sans rire, abattre ses cartes et proposer en quelque sorte ce deal à Blaise Compaoré : « Mon cher ami, tu choisis : où bien tu acceptes de quitter dans ça et je ferme les yeux sur toutes tes ‘déconneries’ où bien je laisse la machine te broyer ».

Au-delà des apparences, c’est là que se trouve l’explication du « suprême jeu », des tapes sur le dos, des éclats de rire servis aux médias pour la consommation du monde entier par les deux hommes flanqués de Guillaume Soro.

Tout cela aurait pu être digéré sans problèmes s’il n’y avait pas tous ces mécontents qui persistent à traquer la vérité et la justice jusque dans ses ultimes retranchements. La sublime diversion aurait pu encore marcher s’il n’existait pas ces enquêtes qui ont gravé comme sur du marbre des faits qu’on ne peut passer aux pertes et profits. L’arrangement diplomatique butte aussi sur les incohérences de Blaise Compaoré qui est maître en dialogue démocratique, en rétablissement de crises à l’extérieur mais qui se trouve incapable d’en faire de même pour les problèmes de même nature qui sévissent dans son propre pays.

Mais le plus grand « hic » pour terminer, c’est que dans l’accord inter ivoirien de Ouagadougou, il y a ce fameux passage où il ressort in fine les restrictions de taille suivantes : « Afin de faciliter le pardon et la réconciliation nationale et de restaurer la cohésion sociale et la solidarité entre les Ivoiriens, les deux parties au dialogue direct conviennent d’étendre la portée de la loi d’amnistie adoptée en 2003. A cet effet, elles ont décidé d’adopter, par voie d’ordonnance, une nouvelle loi d’amnistie couvrant les crimes et délits relatifs aux atteintes à la sûreté de l’Etat liés aux troubles qui ont secoué la Côte d’Ivoire et commis entre le 17 septembre 2000 et la date d’entrée en vigueur du présent Accord, à l’exclusion des crimes économiques, des crimes de guerre et des crimes contre l’humanité ».

Alors, peut-être que réellement le compte à rebours, comme le suggère Afrique Education, a vraiment commencé !

La Rédaction





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