«
COMPAORE, CHEF D’ETAT OU DE LA MAFIA ? »
CE BRULOT D’AFRIQUE EDUCATION QUI FAIT LE TOUR
DU FASO !
Décidément,
il faut souvent lire la presse étrangère
pour en savoir plus sur notre pays. C’est véritablement
ce sentiment qui se confirmera à quiconque lira
le bimensuel Afrique Education n° 223 du 1er au
15 mars 2007. Cela est si vrai que tous les stocks seraient
épuisés et qu’on ferait appel aux
photocopies pour satisfaire la demande. On y apprend,
en dehors de tout ce qu’on savait déjà
sur les crimes et les ingérences du régime,
que dans son arrogance et son mépris, il a comme
dépassé les bornes en commettant des erreurs
de trop pour lesquelles il devrait payer sous peu.
En effet, Afrique Education nous rappelle d’abord
qu’en aucun cas, le procès de Charles Taylor
ne peut se tenir sans que Blaise Compaoré ne
soit au moins appelé en cause. La Commission
trilatérale appelée encore Groupe Bildeberg,
qui a fait un travail de fourmi dans le dossier, a vraiment
de quoi l’alpaguer !
Le magazine s’en explique en révélant
que « sur les 32.000 pages de la Commission
trilatérale sur Charles Taylor, pas moins de
7.000 lui sont (NDLR : à Blaise Compaoré)
directement consacrées dans le rapport ».
Il y est en particulièrement clairement établi,
poursuit-il, que « Compaoré a reçu
Charles Taylor en catimini pour discuter du nouveau
plan de déstabilisation du Libéria conçu
par Taylor dans la perspective de son évasion
du Nigeria où il était (théoriquement)
en résidence surveillée ».
Tout s’éclaire. L’ancien Procureur
du tribunal spécial sur la Sierra Leone David
Crane, qu’on a traité de tous les noms
d’oiseaux, présenté comme un excité,
ne mentait pas. Il savait bien de quoi il parlait lorsqu’il
déclarait à tout vent qu’un avion
burkinabé avait emmené Charles Taylor
alors en détention, de son asile doré
de Calabar, à Ouagadougou ! Ces faits (dignes
de polars truculents), David Crane avait déclaré
qu’ils avaient pour objet non seulement de préparer
un putsch contre Lansana Conté mais de déstabiliser
le Libéria. Tous ces propos, on s’en souvient,
ont été relayés par nombre de médias
internationaux dont RFI.
Si cette fois-ci, la mise à nu du rapport de
la commission n’entraîne pas de démenti,
ne fait ruer personne dans les brancards, c’est
certainement parce qu’on se dit qu’il faut
avoir un profil bas car ce coup-ci, les choses sont
très sérieuses. Ce qui en tout cas est
sûr, c’est que les satellites qui ont permis
d’avoir tous ces éléments de preuve,
ne mentent pas !
Mais Afrique Education ne s’arrête pas à
la seule confirmation de faits qui datent de l’époque
où Charles Taylor était au Nigeria. Il
révèle que « l’étau
se resserre » autour de Blaise Compaoré
parce que par ailleurs, « Trois traders américains
et deux de leurs collègues anglais viennent de
fournir une série de documents compromettants
sur les réseaux économico-mafieux du président
burkinabé ».
A cet égard, un malheur ne venant jamais seul,
Afrique Education rapporte ceci : «.. une enquête
récente des entités d’espionnage
américaines sur les marchés internationaux
révèlent que le Burkina Faso de Blaise
Compaoré, pourtant pays non producteur de cacao,
de café et de diamants, vend ces produits sur
les marchés de Chicago, de Londres et d’Anvers.
Elle détaille en outre que ces produits vendus
sont les produits ivoiriens que les rebelles de ce pays
ont pillés ». Au journal de stigmatiser
la « création de multiples réseaux
mafieux qui opèrent en toute impunité
dans les trafics de diamants, d’or, de cobalt,
de caoutchouc, d’hévéa, de faux
billets, d’armes, de cocaïne, et plus récemment
dans le négoce du café et du cacao
». Comment dans ces conditions, donner totalement
tort à tous ceux qui ont pu parler du Burkina
Faso comme d’un Etat narcotique, mercenaire, mafieux
ou voyou ?
Les choses sont si corsées que l’on ne
plastronne plus aujourd’hui. On plastronne d’autant
moins qu’avec le départ confirmé
de Jacques Chirac, une couverture internationale de
poids disparaît, laissant dorénavant tous
les lieutenants comme Compaoré, en première
ligne, sans protection et sans terrain de repli, pris
au piège, se débrouiller.
Et pour le bimensuel, il ne faut pas aller chercher
de midi à 14 heures pour comprendre pourquoi
le chef de l’Etat burkinabé est soudainement
devenu un ange, un amoureux de la paix. S’il fait
ainsi patte de velours en se découvrant une nouvelle
passion à travers les médiations, c’est
parce qu’il veut se préparer des circonstances
atténuantes sinon absolutoires, pour des accusations
qui avancent à pas forcés contre lui.
Laurent Gbagbo, on le devine, n’est pas ignorant
de tout cela. Il savait que tôt ou tard, avec
le temps, les choses remonteraient en surface. Il a
su seulement prendre son mal en patience, faire le dos
rond. Il peut maintenant, pince sans rire, abattre ses
cartes et proposer en quelque sorte ce deal à
Blaise Compaoré : « Mon cher ami, tu
choisis : où bien tu acceptes de quitter dans
ça et je ferme les yeux sur toutes tes ‘déconneries’
où bien je laisse la machine te broyer ».
Au-delà des apparences, c’est là
que se trouve l’explication du « suprême
jeu », des tapes sur le dos, des éclats
de rire servis aux médias pour la consommation
du monde entier par les deux hommes flanqués
de Guillaume Soro.
Tout cela aurait pu être digéré
sans problèmes s’il n’y avait pas
tous ces mécontents qui persistent à traquer
la vérité et la justice jusque dans ses
ultimes retranchements. La sublime diversion aurait
pu encore marcher s’il n’existait pas ces
enquêtes qui ont gravé comme sur du marbre
des faits qu’on ne peut passer aux pertes et profits.
L’arrangement diplomatique butte aussi sur les
incohérences de Blaise Compaoré qui est
maître en dialogue démocratique, en rétablissement
de crises à l’extérieur mais qui
se trouve incapable d’en faire de même pour
les problèmes de même nature qui sévissent
dans son propre pays.
Mais le plus grand « hic » pour terminer,
c’est que dans l’accord inter ivoirien de
Ouagadougou, il y a ce fameux passage où il ressort
in fine les restrictions de taille suivantes : «
Afin de faciliter le pardon et la réconciliation
nationale et de restaurer la cohésion sociale
et la solidarité entre les Ivoiriens, les deux
parties au dialogue direct conviennent d’étendre
la portée de la loi d’amnistie adoptée
en 2003. A cet effet, elles ont décidé
d’adopter, par voie d’ordonnance, une nouvelle
loi d’amnistie couvrant les crimes et délits
relatifs aux atteintes à la sûreté
de l’Etat liés aux troubles qui ont secoué
la Côte d’Ivoire et commis entre le 17 septembre
2000 et la date d’entrée en vigueur du
présent Accord, à l’exclusion des
crimes économiques, des crimes de guerre et des
crimes contre l’humanité ».
Alors, peut-être que réellement le compte
à rebours, comme le suggère Afrique Education,
a vraiment commencé !
La Rédaction