San
Finna N°405 du
19 au 25 Mars 2007
"Il n'est de Liberté qu'en dehors de l'Abus"
LE
DEPART DE JACQUES CHIRAC
ADIEU A L’IMMUNITE
BONJOUR LES POURSUITES ?
Bien
finir sa vie vaut mieux que de l’avoir seulement
bien commencée. Ce proverbe bien de chez nous va
comme un gant au président français sur
le départ. Au moment même où il plonge
la France dans un climat d’adieux, après
avoir travaillé de toute son âme à
sa scénarisation, il apparaît clairement
dans l’opinion nationale et internationale qu’il
ne laissera pas un souvenir impérissable pour ses
bienfaits. Ce ne sont pas les mots mesurés, par
trop calculés (ambiance électorale oblige)
d’un François Bayrou et même d’une
Ségolène Royal qui démentiront ce
sentiment. Sur ce plan au moins, le langage de vérité
de Jean-Marie Le Pen (« Jacques Chirac a été
le plus mauvais président de l’histoire de
France ») colle à la vérité
crue.
La bonne preuve,
Jacques Chirac n’a pas encore déménagé
de l’Elysée que déjà, se répandent
à la vitesse grand V des rumeurs sur sa prochaine
comparution en juin prochain devant le juge d’instruction
au sujet de l’affaire dite des HLM de Paris.
Que cela soit vrai ou faux, la polémique témoigne
d’une impatience de voir la France exorcisée
des méfaits de sa gouvernance. Mais plus encore
que la France, c’est l’Afrique qu’il
faut panser de l’imperium que Jacques Chirac y a
exercé ; c’est l’Afrique à laquelle
il faut rendre justice des torts qu’elle a subis
du chef du président français.
En effet, si on ne tarit pas de mises en cause de l’homme
au regard de la politique nationale, on s’accorde
généralement à présenter la
scène internationale comme étant l’unique
chantier de ses réussites. Et à cet égard,
ses prises de position contre la guerre en Irak ont même
été à un moment présentées
comme pouvant lui assurer le bénéfice d’un
Nobel. C’eût été le comble de
la manipulation car non seulement, sur ce point précis,
on aurait fait peu de cas du commerce pas très
honorable qu’il a entretenu avec le dictateur Saddam
Hussein mais surtout laissé en friche ce vaste
domaine de l’Afrique où il a sévi
comme jamais avant, un président de la 5ème
République !
A comparer les griefs qui peuvent lui être reprochés
par rapport à sa politique nationale et à
sa politique africaine, on reconnaîtra que si en
France, il apparaît comme le président qui
a perverti les institutions de la République, donné
des raisons à la patrie des droits de l’homme,
à la Déclaration universelle de rougir,
bref ravaler le pays au rang de république bananière,
au niveau du continent et surtout de l’Afrique subsaharienne,
il est passible d’accusations autrement plus graves.
Si l’homme dont on parle déjà comme
d’un repris de justice devait voir mettre en cause
la plénitude de sa délinquance, il répondrait
pour ce qui concerne l’Afrique, non pas de simples
délits du genre « frais de bouche »,
« emplois fictifs » mais de crimes économiques,
de crimes de guerre.. de faits de compétence internationale
commis dans un esprit de récidive impertinent et
que l’on établirait sans difficulté
aussi bien en RCA, au Tchad qu’en Côte d’Ivoire
pour ne citer que ces Etats.
Oui, c’est paradoxalement en Afrique où il
s’est taillé un surnom terrible en la circonstance
(« Chirac l’Africain ») que l’on
découvre toute la dimension de la personnalité
de l’homme. C’est là qu’il a
favorisé la gangrène de la corruption, des
rébellions, des coups d’Etat, des atteintes
aux libertés publiques et démocratiques
avec à leur suite la mort, la destructuration des
économies, les colonnes de réfugiés,
d’immigrés, en donnant un coup d’arrêt
au processus de la Baule, en institutionnalisant une Françafrique
par le canal de laquelle il a instrumentalisé les
chefs d’Etat pour assouvir ses ambitions d’hégémonie
et de puissance diplomatique. Courrier International rajoute
en renfort de potage, dans un article du 16 mars dernier,
au titre évocateur « Chirac a déçu
les Algériens » que « L'article de
loi sur ‘le caractère positif’ de la
colonisation, voté par le Parlement français
en 2005 puis abrogé, est resté en travers
de la gorge de beaucoup d'Algériens ».
Assurément,
son départ ne provoquera que tristesse et larmes
chez ses capots chefs d’Etat africains. Quant aux
peuples, ils ne cesseront de lui demander justice pour
les misères qu’ils ont subies !