San
Finna N°404 du
12 au 18 Mars 2007
"Il n'est de Liberté qu'en dehors de l'Abus"
LA
MUTINERIE DES 20 ET 21/12/2006
LA GRANDE FRAYEUR QUI EMPECHE TOUJOURS DE DORMIR
Il
ne faut pas s’y tromper : malgré tous les
moyens mis pour étouffer les résonances
des mutineries en cascade de fin d’année
2006 et de début d’année 2007 de la
grande Muette au Faso, l’alerte chaude n’en
finit pas de faire perler des sueurs froides.
Ce n’est
pas la « Lettre du continent » qui dira le
contraire.
Dans ses dernières livraisons, le « cafteur
» d’Antoine Glaser révèle que
« Tous ceux qui ont approché le président
Blaise Compaoré au sommet Afrique-France de Cannes
l'ont trouvé en ‘très petite forme’,
amaigri… Le chef de l'Etat sait que les militaires
et policiers, qui se sont violemment affrontés
au RPG 7 et au mortier en pleine ville, les 20 et 21 décembre
2006, se guettent ». Plus explicite, la Lettre
du continent divulgue dans sa dernière édition
qu’ « Après les affrontements des
20 et 21 décembre entre militaires et policiers,
le président Blaise Compaoré reste sur le
qui-vive et a demandé des agents de la DGSE
» (NDLR : Direction générale de la
sécurité extérieure).
A en juger par le climat qui prévaut au sein de
la grande Muette par rapport à la volonté
du pouvoir de la mater, on comprend que le bien informé
Antoine Glaser puisse ne pas comme on dit, tirer à
côté.
L’une des grandes questions qui préoccupent
en effet l’opinion, c’est la guéguerre
que semblent se livrer militaires et pouvoir au sujet
des mesures à prendre pour éviter des mutineries
à fort relent de déstabilisation dans le
futur. L’une de ces mesures concerne le cantonnement
territorial de l’armée que l’on veut
repositionner loin des grands centres urbains. On en finirait
ainsi avec cette tendance à vouloir utiliser les
populations civiles comme boucliers humains afin d’éviter
les attaques qui ont constitué pendant longtemps
la phobie des gouvernants. L’autre mesure a trait
au démantèlement de certains corps. Dans
un cas comme dans l’autre, la résistance
au sein des militaires est très forte. On y voit
un moyen détourné de leur faire payer le
prix de leur mutinerie et certains vont même jusqu’à
suspecter une volonté de domestication de l’armée
en expurgeant toutes ses « brebis galeuses ».
Le moins qu’on puisse dire, c’est que le climat
n’est pas des plus apaisés. Au lieu de s’appliquer
à dissiper les nuages qui se profilent à
l’horizon, le pouvoir se lance dans une campagne
électorale espérant y trouver les moyens
d’une liesse populaire qui détourne des velléités
protestataires. Mais ni cet euphorisant éphémère
et qui laissera au final un arrière-goût
très amer, ni le recours à la DGSE (par
ces temps de forte contestation de la Françafrique)
pour aider le régime en place, ne pourront cacher
le mal profond qui sévit au Faso.