POLITIQUE
AFRICAINE DE LA FRANCE
LA CONTRE-PROPOSITION DE SEGOLENE ROYAL QUI POURRAIT
RESTAURER LE CREDIT DE LA FRANCE
On
la disait indifférente, insensible aux dommages
que subit l’Afrique du fait de la politique que
Jacques Chirac y applique. Beaucoup d’Africains,
qui ne comprenaient pas que la candidate Ségolène
laisse son adversaire Sarkozy lui river le pion dans
ce domaine où il disait que s’étendrait
la rupture, en éprouvaient le sentiment d’une
double trahison de la candidate en tant que native de
la terre d’Afrique d’abord, et en tant que
socialiste, ensuite.
Il faut croire que, mue par des motivations secrètes,
par des calculs ou par des questions de stratégie,
elle attendait l’occasion propice pour abattre
ses cartes.
Au moment donc où Nicolas Sarkozy coupe sa «
rupture » avec la potion de la tranquillité,
de la continuité avec certains templiers africains
de la Centrafrique, Ségolène Royal formule
une alternative à la politique africaine de la
France qui ne manque pas de corriger l’image négative
que nombre d’Africains commençaient à
avoir d’elle.
Dans la réponse à la Lettre ouverte du
14 décembre 2006 de Jean-Marie Fardeau, secrétaire
général du CCFD (Comité catholique
contre la Faim et pour le Développement), publiée
par « Témoignage chrétien »
dans son édition du 14 décembre 2007,
Ségolène Royal ne manque pas en effet
de surprendre, de rassurer par rapport aux mutations
qu’elle propose dans la relation Afrique/France.
Sa pensée est structurée, innovante, moderne.
Le continent africain, dit-elle, vit sous l’effet
de transformations profondes et le fait que la politique
africaine de la France reste comme vitrifiée
depuis des années, n’en apparaît
à ses yeux que « plus cruel ».
Elle reproche à cette politique appliquée
par la Droite depuis quelques années, d’être
« à l'origine de désordres sans
précédent sur le continent africain
» ; et elle affirme catégorique : «
La conception de la Présidence de la République
de Jacques Chirac y est pour beaucoup ».
Reprenant des critiques déjà formulées
contre cette politique, elle confirme qu’en mettant
les amitiés personnelles au-dessus de tout, même
au désavantage de l’intérêt
général, le président de la République
en est arrivé à ternir l’image de
son pays « qui se trouve associé dans
l'esprit des Africaines et des Africains aux régimes
les plus contestables du continent ». On
pourrait même soutenir, avec la montée
du sentiment anti-français et des excès
qu’il draine parfois, que cette politique insécurise
les Français de l’extérieur. Pour
Ségolène Royal, c’est définitif
: la France doit battre sa coulpe, se racheter une autre
conduite qui la retrempe dans ses valeurs de démocratie,
de solidarité, de défense de la personne
humaine et qui la réhabilite aux yeux des Africains
comme aux siens propres.
Quelle est alors la potion magique que propose Ségolène
Royal ? Elle s’applique à réparer
les erreurs en agissant au plan de la gouvernance politique
et économique.
Elle promet tout d’abord d’en finir avec
les instruments et les pratiques qui ont porté
préjudice au continent. Et pour ce faire, elle
entend clarifier, au besoin renégocier les accords
de coopération et notamment ceux de défense
et de coopération miliaire, qui pour elle en
tout cas, devront maintenant nécessairement être
transparents et bénéficier du regard du
Parlement.
Pour la candidate, « Les citoyens français
ont le droit d'être informés des buts poursuivis
par nos programmes de coopération et des raisons
de l'engagement de nos forces armées sur le continent
africain », d’où la nécessité
selon elle, «qu'un débat à l'Assemblée
nationale soit obligatoire en cas d'intervention armée
dans un conflit sur le continent africain ».
Pour ne pas qu’on croit que ce ne sont que de
simples promesses de campagne, elle affirme que si elle
est élue, elle mettra en place, rien moins qu’
« une délégation parlementaire aux
négociations et à la coopération
internationales». Il s’agira par cet instrument,
d’instaurer non seulement les conditions d’un
débat sur les « grandes orientations de
la politique de coopération » mais aussi
d’aider à préciser et à rendre
publics les rôles de tous ces acteurs qui fourmillent
dans la coopération.
Mais là où elle rompt encore avec la politique
menée jusqu’à présent, c’est
lorsqu’elle en appelle à agir en amont
non seulement en faveur de la société
civile africaine mais aussi pour favoriser le dialogue
politique, « la participation de l’opposition
et de la société civile africaine au jeu
démocratique ».
C’est un aspect nouveau que d’oser ainsi
mettre en relief cette marginalisation voire cette élimination
de l’opposition qui contrecarre l’émergence
de la démocratie ou qui la corrode.
Voilà le changement de cap qui doit, selon Ségolène
Royal, jeter les bases de la rénovation de la
politique de la France vis-à-vis de l’Afrique.
Il ne s’agira pas, selon le programme qu’elle
propose, de permettre seulement de redonner la parole
aux peuples africains, de leur permettre de gérer
démocratiquement leurs pays.
Il faudra également veiller à ce que les
pays africains puissent « vivre de l'exploitation
durable des ressources dont ils bénéficient
sur leur territoire ». Et là elle
reprend, au risque de se mettre à mal avec certains
réseaux et multinationales, les critiques partagées
en Afrique et dans les milieux alter mondialistes. Elle
passe au pilori ces entreprises qui sont souvent établies
en France et qui procèdent à un pillage
éhonté des richesses du continent, privant
ainsi les Africains des moyens susceptibles d’assurer
leur décollage économique. Le tragique
dans ces vols, souligne-t-elle, c’est ce retour
de manivelle qui amène les populations appauvries
à émigrer vers l’Europe.
Une fois à la présidence, elle soutiendra
l’initiative « Publiez ce que vous payez
» afin que les industries extractives fassent
connaître l’argent qu’elles versent
aux Etats pour l’exploitation de leurs matières
premières. C’est non seulement un droit
pour les citoyens africains de savoir mais aussi pour
les consommateurs français d’être
situés sur ce qu’on fait de leur argent
afin d’être rassuré que celui-ci
ne contribue pas, d’une façon ou d’une
autre, à entretenir des régimes despotiques.
Il ne suffira pas davantage de rompre seulement avec
le pillage des richesses du continent ; pour la candidate
Rose, il faudra aussi réorienter les priorités
pour mettre effectivement l’accent sur l’éducation,
la santé, l’amélioration des conditions
de la femme, les interventions sur des filières
concernant directement les populations, le micro-crédit
qui devrait permettre en particulier à de nombreuses
familles de sortir de la pauvreté.
Afin d’éviter les captations des aides,
leur utilisation à des fins politiques et de
soutien aux régimes corrompus, le projet de Mme
Royal ambitionne par ailleurs de transférer le
maximum de ces circuits financiers vers la coopération
décentralisée. Enfin, elle annonce que,
conformément au Projet du Parti Socialiste, une
fois aux affaires, elle portera progressivement le montant
de l’aide publique à 0 ;7 % du PIN.
Voilà
beaucoup de choses dites, écrites, que quelques
uns pourraient comparer à des promesses d’ivrogne,
vite oubliées le lendemain de la beuverie, quand
se dissipent les effluves de l’alcool. Mais c’est
toujours ça à prendre, ce d’autant
que ses propositions semblent plus audacieuses que celles
de son adversaire le plus en vue, Nicolas Sarkozy. Va-t-il
surenchérir, d’autant plus que la période
s’y prête ou bien mettra-t-il encore plus
d’eau dans sa rupture ? Nous verrons bien !
La Rédaction