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San Finna N°401 du 19 au 25 Février 2007
"Il n'est de Liberté qu'en dehors de l'Abus"
 

Deux sons de cloche

LE PRESIDENT DJIBOUTIEN DEVAIT-IL OU NON ASSISTER AU
SOMMET AFRIQUE-FRANCE A CANNES ?

Le président djiboutien Ismaël Omar GYELLEH s’est rendu à Cannes à ce qui tient lieu maintenant de dernier Sommet Afrique-France. En dépit de ce qu’il soit suspecté d’être le commanditaire de l’assassinat du juge français Bernard Borrel en 1995 à Djibouti, et malgré une convocation à témoigner lancée par la juge chargée de l’enquête, Sophie Clément, il s’est donc rendu sur la Croisette. Voilà qui n’a pas manqué de nourrir une polémique entre ceux qui disent qu’il aurait dû se garder de se rendre à cette rencontre et ceux qui soutiennent fermement le contraire. Deux sons de cloche.

LE PRESIDENT DJIBOUTIEN A BIEN FAIT DE SE RENDRE AU SOMMET A CANNES

C’est un principe de droit international, consacrant une règle souvent même reprise dans les Constitutions : «toute personne qui se voit reprocher une infraction est réputée innocente tant que sa culpabilité n’a pas été légalement et définitivement établie». Cette façon donc de condamner le président Gyelleh avant procès est tout à fait inadmissible. S’il avait refusé de se rendre à Cannes, il aurait fait aveu de culpabilité. Il a affronté des préventions et une certaine hostilité, et il a bien fait car en dépit de quelques suspicions, rien de probant n’a été excipé qui puisse étayer une quelconque accusation sérieuse contre lui. Ensuite, en dehors même de la présomption d’innocence, il est protégé par les lois françaises ainsi que le précise même le Ministère français de la Justice dans un communiqué en ces termes : « Les chefs d’Etat disposent des mêmes immunités que les diplomates et en conséquence, ne peuvent être contraints de témoigner dans le cadre d’une procédure judiciaire ». C’est sur la base de ce principe que ni le président congolais, ni Blaise Compaoré, ni Paul Kagame.. n’ont pu voir engager contre eux des procédures pénales malgré des plaintes introduites à cet effet. Mais quand bien même, il aurait u être poursuivi, encore aurait-il fallu que la convocation obéisse, comme l’a souligné le Ministère de la Justice « aux formes particulières prévues par la loi », en passant, a-t-il souligné, par la voie diplomatique. La Juge Clément, informée certainement de ce que sa demande buterait sur un refus légal, a choisi de faire du « ramdam » par une annonce médiatique à tout casser. La veuve du Juge, quoi que sa peine et sa volonté que justice soit rendue à son mari soient légitimes, ne peut pas ignorer (elle-même est juriste) les limites d’une procédure contre le président de Djibouti. Et les avocats de ce dernier peuvent estimer leur client harcelé par une coalition de magistrats mus par le seul intérêt corporatiste.

 

TOMY.

LE PRESIDENT DJIBOUTIEN AURAIT DU S’ABSTENIR DE SE RENDRE A CANNES

Il y a bien de chefs d’Etat qui, sans être objet de poursuites judiciaires ou convoqués à témoigner, ne se sont pas rendus à ce Sommet Afrique-France, à cause simplement de comportements jugés irrespectueux que les autorités françaises ou la justice avaient envers eux. C’est le cas en particulier du président Gbagbo. Son refus de se rendre personnellement à ce sommet est loin de l’avoir desservi aux yeux de l’opinion française et africaine. Le président djiboutien aurait dû suivre cet exemple pour exprimer sa révolte d’être ainsi mis plus bas que terre en étant convoqué comme un quelconque délinquant. Mais il ne l’a pas fait, pas seulement parce qu’il est informé de son immunité, parce qu’il sait qu’il a quelque chose à se reprocher. Sinon, il serait allé sûr de lui, tout juste pour laver son honneur bafoué et surtout celui de son pays à travers sa personne. Et là, c’aurait été fantastique pour les Africains ; il leur aurait remonté le moral car il aurait prouvé au monde entier que ce qu’on dit sur les gouvernants africains n’est pas totalement vrai, qu’il existe des exceptions. Hélas ! Mais il n’y a pas que des reproches à faire au président Gyelleh. Les autorités françaises, Jacques Chirac en tête, qui ne manquent pas de subtilité diplomatique pour ne pas inviter les chefs d’Etat indésirables, auraient pu trouver l’astuce pour que le numéro Un djiboutien ne vienne pas ainsi insulter la douleur de la famille Borrel en faisant un pied de nez à la justice française et en discréditant en partie, par ricochet, ce sommet ! Et on comprend qu’au total, l’association SURVIE ait pu dire que cette venue du numéro un de Djibouti était « une honte » !



TOZI.

Citation de la semaine

«Un président ne peut pas être président de soi-même »

(Un Guinéen anonyme entendu sur RFI,
au sujet de Lansana Conté)







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