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San Finna N°401 du 19 au 25 Février 2007
"Il n'est de Liberté qu'en dehors de l'Abus"

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ENTRETIEN AVEC MONSIEUR KERE NEBAMA
DIRECTEUR
DE LA SOPAFER/B

A San Finna, c’est vrai qu’on s’intéresse beaucoup à la politique. Peut-être un peu trop alors qu’il est souhaitable de se pencher également sur les sujets de société, sur l’économie.. Nous avons voulu un peu changer et c’est en ce sens que nous avons contacté le Directeur de la SOPAFER/B, Monsieur KERE Nébama, qui a tout de suite accepté de répondre à nos questions. Nous l’en remercions.

Pouvez-vous vous présenter à nos lecteurs ?

Je suis l’actuel Directeur général de la Société de gestion du patrimoine ferroviaire du Burkina (SOPAFER/B). Je préside aux destinées de cette société depuis juillet 2002.

Pouvez-vous nous présenter la SOPAFER/B dont vous êtes le DG ?

La SOPAFER/B, comme son nom l’indique, est une société de gestion de patrimoine. Comme vous le savez très certainement, à la suite de la privatisation de l’exploitation des transports ferroviaires, il a été créé la société chargée de gérer, au nom de l’Etat et en rapport avec le concessionnaire, l’ensemble des biens mis en concession qui concernent évidemment l’infrastructure de chemin de fer elle-même de même que les bâtiments et autres immeubles servant à l’exploitation des transports ferroviaires. Et comme la voie de chemin de fer Abidjan/Kaya est binationale, la SOPAFER/B a son homologue en Côte d’Ivoire la Société ivoirienne de patrimoine ferroviaire (SIPF). Ces deux sociétés, la SOPAFER/B et la SIPF, constituent une sorte d’interface entre les Etats qui sont l’Autorité concédante et le concessionnaire qu’est la Société internationale de transport africain par rail (SITARAIL). Elles veillent, au nom des Etats, à la bonne exploitation du réseau et au respect des engagements souscrits par les différentes parties dans le cadre de la convention de concession de l’exploitation des transports ferroviaires. Plus prosaïquement, il s’agit de s’assurer que le concessionnaire exploite le réseau en bon père de famille comme on le dit en droit. Evidemment, nous avons l’obligation de rendre compte en permanence à l’Etat propriétaire de l’infrastructure.

Quels sont vos objectifs à court et moyen terme ?

Ce sont des objectifs concernant le développement de la société et de suivi des projets initiés et définis par l’Etat.

A court terme, il s’agira de consolider la situation financière et comptable de la société qui a été mise à mal suite à la crise sociopolitique survenue en République de Côte d’Ivoire le 19 septembre 2002 et qui a entraîné l’arrêt complet de l’exploitation des transports ferroviaires pendant plus d’une année.
A moyen et long terme, il s’agira de faire aboutir les projets ferroviaires qu’ambitionne le Burkina Faso notamment dans le domaine de l’interconnexion ferroviaire, qu’il s’agisse :

- du projet de chemin de fer Ouagadougou-Kumassi

- du projet d’interconnexion Bobo-Dioulasso – Bamako via Sikasso

- du projet d’interconnexion Kaya-Dori-Parakou

Avec la crise sociopolitique qu’ont connue nos voisins de la Côte d’Ivoire, est-ce que l’on peut dire que la SOPAFER/B se porte bien ?

Effectivement, cette crise survenue en Côte d’Ivoire a eu des conséquences négatives pour l’ensemble de l’économie du Burkina Faso mais singulièrement pour la SOPAFER/B dont elle a failli compromettre sérieusement sa viabilité.

Comme je l’ai dit plus haut, nous travaillons en relation étroite avec notre partenaire SITARAIL et quand SITARAIL connaît des difficultés, cela se ressent sur les activités de la SOPAFER/B ; et Dieu seul sait quelles difficultés la société SITARAIL a vécues dans cette crise.

Je pense qu’avec le retour de la situation à la normale amorcée depuis un certain temps, conjuguée à la stabilisation de l’exploitation de SITARAIL, les effets néfastes de la crise vont se résorber ce qui permettra à la concession de déployer ses effets. En tout cas, nous l’espérons.

Cela ne veut pas dire que la SOPAFER/B ne continue pas de subir les contrecoups de cette crise car ses effets continueront pendant un certain temps encore, à influencer la situation financière et comptable de notre société.

En votre qualité d’homme politique aguerri, quelle lecture faites-vous des évènements consécutifs à la mort d’un militaire par le fait de policiers ?

Homme politique aguerri (sourire), c’est trop dire.

Pour ce qui s’est passé durant les derniers jours de décembre entre policiers et militaires, on ne peut qu’être attristé. C’est très regrettable et je pense que tout sera mis en œuvre pour que de tels incidents ne se reproduisent plus dans l’avenir. Il y va de la stabilité et de la crédibilité de nos institutions.

Pouvez-vous nous parler de la vie sociopolitique de la région du Centre Est dont vous êtes originaire ?

Loin de moi l’idée de prétendre définir et analyser dans ses méandres, la vie sociopolitique dans la région du Centre Est.

Mais en ce qui concerne le Boulgou, je dirai qu’elle est complexe. Les élections municipales s’y sont déroulées avec des fortunes diverses. Cependant je pense qu’au fur et à mesure des avancées démocratiques et de la maturité des acteurs politiques, la situation va s’apaiser d’elle-même.

Pour ce qui est de la région du Centre Est, je pense qu’elle a des atouts non négligeables et que l’action politique de l’ensemble de ses filles et fils doit tendre à la réalisation pour un développement harmonieux de notre région.

Courant juillet 2006, des fils du Boulgou ont péri au large de la Sicile en partance pour l’Italie. Quel est votre sentiment à la suite de ce drame ?

Ce ne peut être qu’un sentiment de tristesse absolue. Vous savez, le drame de l’immigration africaine vers l’Europe est ressenti par le monde entier, surtout par nous les Africains, comme un drame incommensurable car ceux qui périssent en mer sont de jeunes Africains, à la fleur de l’âge, qui partent au-delà des mers, à la recherche de mieux-être, d’un meilleur devenir, croyant qu’en allant en Europe, ils auront l’occasion de sortir de la misère endémique qui caractérise le continent africain.

A mon avis, il est difficile de les juger.

Le drame de l’immigration, c’est que les solutions proposées actuellement ne sont que des palliatifs, incapables de convaincre cette jeunesse en quête d’une autre vie.

Malheureusement, il n’existe aucune solution clé en main pour lutter contre l’immigration clandestine. La seule chose à préconiser, c’est de conseiller aux jeunes adeptes de l’immigration clandestine d’essayer d’immigrer dans un cadre régulier. L’Europe devra nous y aider sérieusement et sincèrement par une autre approche du développement qui intègre les valeurs saines du commerce international et non l’assistance. Aujourd’hui, notre pays est le premier producteur du coton en Afrique, ce qui peut être source de richesse mais le prix du coton ne fait que baisser sur le marché mondial à cause des subventions de l’Occident.

Vous savez, l’immigration clandestine au Burkina Faso, avant d’être un drame national, est un drame d’abord familial car il a fallu, avant que le jeune ne parte à l’aventure, économiser des sommes importantes pendant des années, rassembler les ressources de toute une famille.

Qu’on soit Africain ou Européen, on doit écouter le cri de détresse de cette jeunesse qui périt dans les mers par milliers en aidant l’Afrique à se développer autrement, en créant les conditions d’un développement autocentré et autoentretenu.

La responsabilité incombe aussi à l’Afrique qui doit maintenant réfléchir sérieusement à son vrai développement qui a comme moteur et objet, l’homme africain.

Pour conclure sur ce chapitre, je dirai que l’Occident doit impérativement aider l’Afrique, notamment l’Afrique subsaharienne, à assurer le développement de notre continent autour d’objectifs purement africains, développé par les Africains au profit des Africains.

Quels conseils avez-vous à l’endroit de ces jeunes candidats à l’immigration ?

La seule chose que je peux dire, c’est qu’il faut immigrer dans la légalité. Ce qui suppose un certain nombre de conditions à remplir. Ces conditions, c’est d’être en règle vis-à-vis des services d’immigration des pays d’accueil. Malheureusement cela n’est pas possible pour tout le monde.

Quel message avez-vous à l’endroit du peuple burkinabé en cette nouvelle année 2007 ?

Je ne peux que lui formuler des vœux de paix, de santé et de prospérité. La paix que je souhaite s’entend la paix des cœurs et des esprits car la paix est la chose dont on ne connaît la grande valeur que quand on vient à la perdre. Voyez mon regard. Seule la paix nous permettra d’assurer le développement et la croissance qui permettront de retenir notre jeunesse laborieuse candidate à l’immigration clandestine.

Votre mot de la fin.

Je n’oublie pas les lecteurs de votre journal auxquels je souhaite une bonne et heureuse année 2007.

 

SD





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