ENTRETIEN
AVEC MONSIEUR KERE NEBAMA
DIRECTEUR
DE LA SOPAFER/B
A
San Finna, c’est vrai qu’on s’intéresse
beaucoup à la politique. Peut-être un
peu trop alors qu’il est souhaitable de se pencher
également sur les sujets de société,
sur l’économie.. Nous avons voulu un
peu changer et c’est en ce sens que nous avons
contacté le Directeur de la SOPAFER/B, Monsieur
KERE Nébama, qui a tout de suite accepté
de répondre à nos questions. Nous l’en
remercions.
Pouvez-vous
vous présenter à nos lecteurs ?
Je
suis l’actuel Directeur général
de la Société de gestion du patrimoine
ferroviaire du Burkina (SOPAFER/B). Je préside
aux destinées de cette société
depuis juillet 2002.
Pouvez-vous
nous présenter la SOPAFER/B dont vous êtes
le DG ?
La
SOPAFER/B, comme son nom l’indique, est une
société de gestion de patrimoine. Comme
vous le savez très certainement, à la
suite de la privatisation de l’exploitation
des transports ferroviaires, il a été
créé la société chargée
de gérer, au nom de l’Etat et en rapport
avec le concessionnaire, l’ensemble des biens
mis en concession qui concernent évidemment
l’infrastructure de chemin de fer elle-même
de même que les bâtiments et autres immeubles
servant à l’exploitation des transports
ferroviaires. Et comme la voie de chemin de fer Abidjan/Kaya
est binationale, la SOPAFER/B a son homologue en Côte
d’Ivoire la Société ivoirienne
de patrimoine ferroviaire (SIPF). Ces deux sociétés,
la SOPAFER/B et la SIPF, constituent une sorte d’interface
entre les Etats qui sont l’Autorité concédante
et le concessionnaire qu’est la Société
internationale de transport africain par rail (SITARAIL).
Elles veillent, au nom des Etats, à la bonne
exploitation du réseau et au respect des engagements
souscrits par les différentes parties dans
le cadre de la convention de concession de l’exploitation
des transports ferroviaires. Plus prosaïquement,
il s’agit de s’assurer que le concessionnaire
exploite le réseau en bon père de famille
comme on le dit en droit. Evidemment, nous avons l’obligation
de rendre compte en permanence à l’Etat
propriétaire de l’infrastructure.
Quels
sont vos objectifs à court et moyen terme ?
Ce
sont des objectifs concernant le développement
de la société et de suivi des projets
initiés et définis par l’Etat.
A court terme, il s’agira de consolider la situation
financière et comptable de la société
qui a été mise à mal suite à
la crise sociopolitique survenue en République
de Côte d’Ivoire le 19 septembre 2002
et qui a entraîné l’arrêt
complet de l’exploitation des transports ferroviaires
pendant plus d’une année.
A moyen et long terme, il s’agira de faire aboutir
les projets ferroviaires qu’ambitionne le Burkina
Faso notamment dans le domaine de l’interconnexion
ferroviaire, qu’il s’agisse :
-
du projet de chemin de fer Ouagadougou-Kumassi
- du projet d’interconnexion Bobo-Dioulasso
– Bamako via Sikasso
- du projet d’interconnexion Kaya-Dori-Parakou
Avec
la crise sociopolitique qu’ont connue nos voisins
de la Côte d’Ivoire, est-ce que l’on
peut dire que la SOPAFER/B se porte bien ?
Effectivement, cette crise survenue en Côte
d’Ivoire a eu des conséquences négatives
pour l’ensemble de l’économie du
Burkina Faso mais singulièrement pour la SOPAFER/B
dont elle a failli compromettre sérieusement
sa viabilité.
Comme je l’ai dit plus haut, nous travaillons
en relation étroite avec notre partenaire SITARAIL
et quand SITARAIL connaît des difficultés,
cela se ressent sur les activités de la SOPAFER/B
; et Dieu seul sait quelles difficultés la
société SITARAIL a vécues dans
cette crise.
Je pense qu’avec le retour de la situation à
la normale amorcée depuis un certain temps,
conjuguée à la stabilisation de l’exploitation
de SITARAIL, les effets néfastes de la crise
vont se résorber ce qui permettra à
la concession de déployer ses effets. En tout
cas, nous l’espérons.
Cela ne veut pas dire que la SOPAFER/B ne continue
pas de subir les contrecoups de cette crise car ses
effets continueront pendant un certain temps encore,
à influencer la situation financière
et comptable de notre société.
En
votre qualité d’homme politique aguerri,
quelle lecture faites-vous des évènements
consécutifs à la mort d’un militaire
par le fait de policiers ?
Homme
politique aguerri (sourire), c’est trop dire.
Pour ce qui s’est passé durant les derniers
jours de décembre entre policiers et militaires,
on ne peut qu’être attristé. C’est
très regrettable et je pense que tout sera
mis en œuvre pour que de tels incidents ne se
reproduisent plus dans l’avenir. Il y va de
la stabilité et de la crédibilité
de nos institutions.
Pouvez-vous
nous parler de la vie sociopolitique de la région
du Centre Est dont vous êtes originaire ?
Loin
de moi l’idée de prétendre définir
et analyser dans ses méandres, la vie sociopolitique
dans la région du Centre Est.
Mais en ce qui concerne le Boulgou, je dirai qu’elle
est complexe. Les élections municipales s’y
sont déroulées avec des fortunes diverses.
Cependant je pense qu’au fur et à mesure
des avancées démocratiques et de la
maturité des acteurs politiques, la situation
va s’apaiser d’elle-même.
Pour ce qui est de la région du Centre Est,
je pense qu’elle a des atouts non négligeables
et que l’action politique de l’ensemble
de ses filles et fils doit tendre à la réalisation
pour un développement harmonieux de notre région.
Courant
juillet 2006, des fils du Boulgou ont péri
au large de la Sicile en partance pour l’Italie.
Quel est votre sentiment à la suite de ce drame
?
Ce
ne peut être qu’un sentiment de tristesse
absolue. Vous savez, le drame de l’immigration
africaine vers l’Europe est ressenti par le
monde entier, surtout par nous les Africains, comme
un drame incommensurable car ceux qui périssent
en mer sont de jeunes Africains, à la fleur
de l’âge, qui partent au-delà des
mers, à la recherche de mieux-être, d’un
meilleur devenir, croyant qu’en allant en Europe,
ils auront l’occasion de sortir de la misère
endémique qui caractérise le continent
africain.
A mon avis, il est difficile de les juger.
Le drame de l’immigration, c’est que les
solutions proposées actuellement ne sont que
des palliatifs, incapables de convaincre cette jeunesse
en quête d’une autre vie.
Malheureusement, il n’existe aucune solution
clé en main pour lutter contre l’immigration
clandestine. La seule chose à préconiser,
c’est de conseiller aux jeunes adeptes de l’immigration
clandestine d’essayer d’immigrer dans
un cadre régulier. L’Europe devra nous
y aider sérieusement et sincèrement
par une autre approche du développement qui
intègre les valeurs saines du commerce international
et non l’assistance. Aujourd’hui, notre
pays est le premier producteur du coton en Afrique,
ce qui peut être source de richesse mais le
prix du coton ne fait que baisser sur le marché
mondial à cause des subventions de l’Occident.
Vous savez, l’immigration clandestine au Burkina
Faso, avant d’être un drame national,
est un drame d’abord familial car il a fallu,
avant que le jeune ne parte à l’aventure,
économiser des sommes importantes pendant des
années, rassembler les ressources de toute
une famille.
Qu’on soit Africain ou Européen, on doit
écouter le cri de détresse de cette
jeunesse qui périt dans les mers par milliers
en aidant l’Afrique à se développer
autrement, en créant les conditions d’un
développement autocentré et autoentretenu.
La responsabilité incombe aussi à l’Afrique
qui doit maintenant réfléchir sérieusement
à son vrai développement qui a comme
moteur et objet, l’homme africain.
Pour conclure sur ce chapitre, je dirai que l’Occident
doit impérativement aider l’Afrique,
notamment l’Afrique subsaharienne, à
assurer le développement de notre continent
autour d’objectifs purement africains, développé
par les Africains au profit des Africains.
Quels
conseils avez-vous à l’endroit de ces
jeunes candidats à l’immigration ?
La
seule chose que je peux dire, c’est qu’il
faut immigrer dans la légalité. Ce qui
suppose un certain nombre de conditions à remplir.
Ces conditions, c’est d’être en
règle vis-à-vis des services d’immigration
des pays d’accueil. Malheureusement cela n’est
pas possible pour tout le monde.
Quel
message avez-vous à l’endroit du peuple
burkinabé en cette nouvelle année 2007
?
Je
ne peux que lui formuler des vœux de paix, de
santé et de prospérité. La paix
que je souhaite s’entend la paix des cœurs
et des esprits car la paix est la chose dont on ne
connaît la grande valeur que quand on vient
à la perdre. Voyez mon regard. Seule la paix
nous permettra d’assurer le développement
et la croissance qui permettront de retenir notre
jeunesse laborieuse candidate à l’immigration
clandestine.
Votre
mot de la fin.
Je
n’oublie pas les lecteurs de votre journal auxquels
je souhaite une bonne et heureuse année 2007.
SD