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San Finna N°400 du 12 au 18 Février 2007
"Il n'est de Liberté qu'en dehors de l'Abus" 

POINT DE VUE
SITUATION DANS L’ARMEE
LE RSP N’A PAS TIRE ET LE PIRE A ETE EVITE DE JUSTESSE

Plus d’un mois après la mutinerie des jeunes soldats qui a révélé au grand jour la fragilité du gouvernement de la 4ème République, ainsi que le malaise profond qui règne au sein de la grande Muette, nous ne sommes pas encore au bout de nos surprises. Le Burkina Faso est passé au bord de la guerre civile, et nul ne peut dire où nous en serions aujourd’hui si la garde présidentielle avait mis à exécution certaines instructions démentielles qui n’étaient que le reflet d’une certaine frilosité. Certains voulaient-ils rééditer Koudougou 1987 ?

L’orage militaire de la fin 2006 n’a pas fini de livrer tous ses secrets. Encore faut-il savoir s’il en sera ainsi un jour au regard de la nature et des habitudes de la grande Muette. Il n’est même pas évident que l’enquête de commandement promise par le Ministre de la Défense Yéro Boly puisse réunir dans les jours ou mois à venir toutes les pièces du puzzle afin de situer avec exactitude les responsabilités des uns et des autres dans ce psychodrame au cours duquel la nation entière a retenu son souffle.

D’ailleurs, à ce jour, aucune commission n’a été mise en place officiellement et l’on assiste plutôt dans cette affaire, à un recours à la pratique médiévale de l’inquisition. C’est le cas de le dire, d’autant qu’il a été demandé aux différents chefs de corps des garnisons touchées par la chienlit, de fournir les listes de leurs éléments meneurs. Sur quelles bases de données fiables ces officiers, qui étaient calfeutrés dans leurs demeures respectives (quand ils ne sont pas allés se blottir au diable vauvert) pourront-ils élaborer les listes honnêtes ?

Le drame dans cette histoire est qu’ils sont contraints d’en fournir au risque d’être soupçonnés de vouloir couvrir leurs hommes. Avis donc aux délateurs de tout poil ! Pour faire baisser la température, l’Etat- Major préfère casser le thermomètre. Il faut extirper des rangs toutes les têtes brûlées qui ont entraîné leurs collègues dans le mouvement. Peu importe que l’opinion nationale ait trouvé des excuses à la colère des soldats au regard de tous les torts que leur font subir des chefs cupides assurés d’une totale impunité.

Une vingtaine de jeunes soldats ont été ainsi arrêtés et déférés par la gendarmerie nationale pour avoir commis divers larcins lors des folles journées des 20 et 21 décembre 2006. Parmi eux, figurait le caïd qui s’était emparé du véhicule du Ministre Bassolet. Les gendarmes auraient trouvé en leur possession de nombreux portables et bien d’autres objets de valeur provenant de boutiques cambriolées. Si les preuves sont réunies, il faut bien saluer l’action de ces braves gendarmes pour la simple et bonne raison que la République ne doit pas confier ses armes à des malfrats. Mais attention, l’arbre ne doit pas cacher la forêt.

CHATIER LES OFFICIERS RIPOUX

En effet, le malaise qui mine notre armée (C’est désormais connu de tous) est dû en partie à l’irresponsabilité de certains haut gradés qui font main basse sur les intérêts de la troupe en oubliant que les temps ont changé. Il serait illusoire de vouloir rétablir la discipline tant que les officiers ripoux, qui détournent la prime d’alimentation des soldats, les indemnités et gratifications diverses tout en distribuant le carburant des unités à leurs nombreuses petites copines, ne seront pas châtiés ! L’armée, il faut le savoir, continue d’être un volcan endormi qui, à tout moment, pourra déverser sur nous ses laves brûlantes si l’on continue d’y cultiver l’injustice. Et pour mettre de l’ordre, il suffit de mettre fin à l’impunité des chefs. Or, à ce que l’on dit, il est de coutume que l’on prononce la radiation pour un soldat ou un sous-officier qui a volé de l’huile au garage militaire tout en se contentant d’affecter simplement un officier qui a détourné des millions de francs au préjudice de son unité ou de ses hommes.

Si la rencontre convoquée par le général Ali Traoré au Camp Guillaume Ouédraogo à la fin janvier 2007 ne s’est pas penchée avec courage sur ces questions de fond, il faut dire qu’elle n’aura servi à rien. Et pourtant, seuls les anciens savent à quelle période remontent les réunions entre officiers de la dissension de celle récemment convoquée par le chef d’Etat Major général des armées.

A ce qu’on dit, quelques vérités y ont été assénées sur des questions d’ordre plutôt technique. En revanche, le problème crucial du pourrissement de l’institution militaire a été soigneusement éludé. Pas question d’évoquer la situation des chefs affairistes beaucoup plus portés sur la concurrence déloyale livrée aux entrepreneurs que les séances d’entraînement au profit de leurs hommes. Plus grave, à ce qu’on dit, le diagnostic a établi à l’occasion sur la problématique de la discipline identifiée comme problème majeur, l’insuffisance d’encadrement des troupes. Il est vrai que l’armée burkinabé compte actuellement dans ses effectifs, curieusement plus de colonels que de lieutenants. Cela fait un peu désordre et continuera tant que les officiers ne retrouveront pas tout le sens de l’honneur.

Dans l’imagerie populaire, un officier militaire qui s’est déshonoré sérieusement se trucide au pistolet. Mais autre temps, autre mœurs ! Il s’agit de nos jours de mordre dans la vie à pleines dents, et il n’y a rien d’étonnant dans ce cas que l’on perde son sang-froid à la moindre secousse. C’est la seule explication que l’on peut donner à l’attitude de ceux-là au RSP qui avaient envisagé une descente des éléments de la sécurité présidentielle dans les rues de Ouagadougou pour faire le tir indiscriminé sur leurs frères d’armes qui y faisaient le coup de feu.

Que serait-il arrivé si des éléments de la sécurité présidentielle avaient tiré et tué des collègues du Camp Guillaume Ouédraogo ou du Camp Lamizana ? En terme de puissance de feu, le rapport de forces est nettement du côté de la garde présidentielle mais, était-il sûr que les hommes acceptent affronter sans état d’âme des collègues avec lesquels ils ont partagé la souffrance dans les centres de formation alors qu’ils ne mettent pas en péril les institutions de la République ?

Il faut remercier Dieu d’avoir fait prévaloir le bon sens. Le RSP a sorti son armada sans s’en servir, et les jeunes soldats n’ont pas pris le chemin de la présidence du Faso ni de la RTB. Le bain de sang a été évité, ce qui a permis au président Compaoré d’accueillir les sommets des chefs d’Etat de la CEDEAO et de l’UEMOA, puis de jouer le rôle de facilitateur du dialogue direct dans la crise ivoirienne.

Que serions-nous devenus si les initiatives démentielles inspirées par la panique avaient été exécutées ? Il ne fait aucun doute que notre pays allait à son tour sombrer dans les abysses de la violence, et d’autres nations seraient également à notre chevet. Comme quoi, pour un rien, le pire peut arriver à n’importe quel moment. A méditer !

Dramane NOMBRE






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