«
BLOOD DIAMOND » (LES DIAMANTS DU SANG)
FILM SUSCITATEUR DE LEGALITE OU DE DELINQUANCE ?
«
Blood Diamond » (Les diamants du sang) est un
film qui, avant même sa sortie, a créé
un choc dans l’opinion mondiale. Il promettait
de s’attaquer à un sujet tabou, un sujet
explosif : les diamants de la guerre. Il y avait de
quoi être en haleine. Beaucoup de gens en appelaient
de leurs vœux à ce que des hommes de bien
tapent dans la fourmilière pour dénoncer
cette perversion qui consiste de la part des chefs d’Etat,
des chefs de guerre, de firmes diamantaires pas toujours
au-dessus de tout soupçon, de se commettre directement
ou indirectement dans le commerce illégal des
pierres précieuses. Briser ce commerce ignominieux
(qui transforme une pierre pouvant être source
de bien-être pour un peuple en instrument de sa
destruction, au vu des horreurs constatées dans
nombre de pays africains) était devenu un devoir
de la conscience universelle. On comprend donc l’anxiété
qui s’était justement emparée de
tous ces trafiquants qui ne doutaient pas que le film
fasse mouche et qu’il les mette à nu.
De fait, tout était là pour véritablement
mettre sur la rampe de lancement, la lutte contre le
commerce des diamants du sang et contre l’impunité
des chefs d’Etat et chefs de guerre… et
assurer le succès de cet objectif : la notoriété
du réalisateur Edward Zwick, la compétence
de la productrice Gillian Gorfil, les acteurs fétiches
(comme Léonardo di Caprio, s’il vous plaît
!) et talentueux comme le Béninois Djimon Hounsou
et Jennifer Connelly. L’annonce de cette brochette
d’acteurs, elle seule, suffisait à faire
la promotion du film sans parler des moyens mis en œuvre
et du contexte dominé par ce procès mythique
qui s’annonce contre Charles Taylor, l’un
des patrons de ce commerce des diamants du sang, et
qui suscite tant d’intérêt en Afrique
comme dans le monde.
Mais il faut craindre que l’objectif ne soit pas
pleinement atteint, et c’est ce qui ressort déjà
de l’accueil réservé par les médias
et le public, au film. On dit que les firmes diamantifères,
notamment la De Beers ont injecté des sommes
folles pour des campagnes de publicité pour assurer
que les diamants ne servent plus aujourd’hui à
financer les exactions. Elles n’auraient même
pas hésité à jouer de dénigrement
envers les responsables de la production de «
Blood Diamond », dénonçant le fait
que la production du film n’aurait pas respecté
sa promesse de faire, pendant le tournage, des dons
d’organes pour les victimes des guerres, ce qui
serait un mensonge.
Mais peut-être faudrait-il chercher ailleurs,
et dans des causer plus profondes les raisons du succès
plutôt relatif de la production.
Le film en effet n’est pas allé jusqu’au
fond des problèmes, jusqu’à la révélation
de toute la chaîne de responsabilités dans
l’utilisation des diamants comme énergie
des guerres. Il a surtout réalisé un tir
groupé sur l’industrie diamantaire qui
a eu des grandes frayeurs non pas tellement parce que
sa responsabilité directe était tellement
établie mais parce qu’elle courait ici
le risque d’une contre-publicité qui pouvait
mettre à mal le secteur.
Il en est d’autres par contre qui auraient eu
des peurs tenant à l’ exhumation de leur
participation à des crimes de compétence
internationale par leur participation à l’exploitation
des diamants du sang si le film avait quelque peu zoomé
sur eux : ce sont, en dehors de Charles Taylor, de Foday
Sankoh décédé et de ses quelques
lieutenants encore vivants, tous ces chefs d’Etat
en exercice, dont les noms ont si souvent été
cités dans ces trafics maffieux. Tout s’est
passé comme si les promoteurs avaient cherché
à se faire de l’argent sur un sujet dramatique
autant que délicat en misant sur le divertissement,
le goût de l’aventure pour que le film soit
vendable. C’est vrai que le réalisateur
a en quelque sorte prévenu que le film ne serait
pas un film d’investigation, expliquant qu’
« Un film, un livre, une œuvre d’art
ne changent pas à eux seuls la face du monde,
mais ils vous permettent au moins de faire entendre
votre voix » (site Afrik.com : « Blood Diamond
», les diamants ou la vie ? » du 30 janvier
2007). C’est un choix !
Alors, on comprend que le public, qui sort de la salle
de projection, puisse être divisé. On comprend
que ceux qui sont venus pour avoir des frissons, se
plonger dans un film d’aventure où il y
a de l’argent, des femmes à « gagner
», la gloire et la richesse à la clé,
ressortent satisfaits, que par contre ceux qui sont
venus pour assister à un film de dénonciation
mettant la lumière sur les auteurs et toutes
les implications de ce commerce monstrueux, en repartent
plutôt déçus, estimant que le film
est passé à côté de l’essentiel.
Exemple, ce « tchateur » du site www.grioo.com
qui, sur le film, écrira « La responsabilité
de ces fameux diamantaires aurait en fait pu être
liée aux activités de leurs gouvernements
dont le matériels militaires et les ordres furent
sous-traités par des présidents africains
voyous ( Blaise Compaoré , Charles Taylor ) ,
et même si dans le film ils sont formellement
accusés ( enfin UN seul diamantaire est accusé
, les autres ? Une prochaine fois p-e ! ), c'est avec
légèreté et de manière désinvolte
, si bien qu'ils se retrouvent toujours à partager
cette responsabilité avec pleins de petits potentats
locaux pas plus importants pour deux sous ... »
(Lundi 29 Janvier 2007, 13:58).
On peut même dès lors se demander s’il
n’y a pas de risque que la production de «
Blood Diamond » n’ait l’effet contraire,
qu’au lieu de décourager le commerce de
diamants du sang, il ne renforce les vocations de la
part de nombreux jeunes oisifs de par le monde (mais
de par l’Afrique surtout), qui, voyant les exploits
de tel ou tel mercenaire sympathiquement filmé,
ne soient tentés de l’imiter. Nul à
ce sujet ne contestera la puissance qu’exercent
les images sur les consciences et notamment des plus
jeunes !
La Rédaction