Mise à jour le 04/02/2007
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San Finna N°399 du 05 au 11 Février 2007
"Il n'est de Liberté qu'en dehors de l'Abus"

  

Au courant de la plume

8 ème SOMMET DE L’UNION AFRICAINE
L’ETINCELLE QUI A ENCORE FAIT FAUX BOND !

Seuls des démocrates sincères peuvent être des constructeurs d’une démocratie solide et seuls des panafricanistes convaincus peuvent entreprendre l’unification du continent. Nous n’avons ni les uns ni les autres (sinon en nombre si dérisoires) à la tête de l’Union africaine (UA). Ce n’est pas étonnant dès lors que la démocratie africaine se porte aussi mal et que la désaffection des Africains, surtout des plus jeunes d’entre eux, aille grandissante vis-à-vis de l’UA qui était venue relancer le rêve déçu de l’Organisation de l’Unité Africaine.

Le 8ème Sommet de l’UA qui s’est tenu du 29 au 30 janvier 2007 n’aura pas réussi à endiguer cette désespérance. Selon la même loi d’airain, ce sommet a perpétué les mêmes pesanteurs. On aura encore eu droit à un thème très relevé (« la science, la technologie et la recherche, piliers essentiels pour tout développement durable ») mais qu’évidemment, on a survolé. On a comme souvent perdu beaucoup de temps à s’entendre sur l’élection du président entrant. Pourtant, à chaque sommet, la recommandation est faite de s’y prendre plus tôt pour ne pas donner un spectacle désobligeant de désorganisation au plus haut niveau.

Comme toujours, il y avait des questions urgentes : Darfour, Somalie, dans une certaine mesure la Côte d’Ivoire...

Sur les deux premiers, on a beaucoup parlé mais on retiendra au final qu’on est passé à côté de l’essentiel. Pour le Darfour, on n’a pas encore réussi à briser les résistances afin de mettre en place ces forces hybrides devant contribuer à la pacification du Triangle de la mort que constitue cette zone tampon entre le Soudan, le Tchad, la République centrafricaine. C’est le même constat pour la Somalie. Malgré le besoin criard d’une force multinationale, il ne s’est pas dessiné à Addis une volonté manifeste de la constituer dans les meilleurs délais. Seulement cinq pays ont promis d’envoyer des troupes : l'Ouganda, le Ghana, le Malawi, le Nigeria et le Burundi. Voilà qui risque de compromettre le travail fait par les Ethiopiens à un moment où les islamistes reprennent du poil de la bête.

S’agissant de la Côte d’Ivoire, soit que le temps a manqué soit qu’il n’était pas question de brûler la politesse à la CEDEAO en charge d’une médiation dont elle ne s’est pas encore acquitté, il n’en a pas été véritablement question.

Comme ce ne sont pas les problèmes non résolus qui manquent, on a parlé de la Charte africaine de la démocratie. Qu’a-t-on décidé à propos de cette grande œuvre iconoclaste, qui a secoué la grande maison lorsqu’elle a éclaté à la rencontre ministérielle de Brazzaville ! Les chefs d’Etat ont-ils accordé à cette idée, généreuse et si nécessaire à l’Afrique, l’intérêt qu’elle méritait ? Faut pas rêver !

Ce n’est pas qu’Alpha Oumar Konaré n’ait pas bataillé pendant tout ce temps pour réaliser l’impossible mais il avait déjà vu juste par sa tirade historique en juillet dernier à Banjul : « Nous avons échoué par le haut. J’ai maintenant la conviction que c’est par le bas que nous pouvons inverser la tendance : en sensibilisant les citoyens africains, en favorisant une appropriation populaire de l’idée panafricaine, en faisant émerger une opinion publique africaine qui fasse pression sur ses dirigeants. C’est à cela que je veux désormais consacrer mon énergie » (« Le Matin d’Abidjan » du 29 janvier 2007).

Avec un accord plein d’arrière-pensées comme de réserves, notamment de l’Egypte, la Charte a été adoptée. L’absence de commentaires exaltés sur cette adoption en dit long sur son avenir.

Faut-il alors se rabattre sur ce fameux « Groupe de 5 sages », chargé d’ « assurer, avec une grande liberté de parole, la prévention et la gestion des conflits du continent » pour trouver la décision forte qui marquera le sommet ? Sauf extraordinaire, ce ne sera certainement pas le cas pour ce groupe qui finira par être neutralisé par la force d’inertie de l’institution et par les résistances des chefs d’Etat à se soumettre à des paroles qui ne viennent pas d’eux. C’est même à la limite risible quand on connaît ce qu’il en a coûté à Alpha Oumar Konaré d’avoir justement été tenté de se donner une « liberté de parole, il a été souvent vertement ramené à l’ordre par les chefs d’Etat comme Olosogun Obasanjo et Omar Bongo, pour ne citer que ceux-là.

Et puis ce genre de groupe, de conseil de sages, on en a tellement vu au plan interne des Etats qui se sont très vite mués en gadgets qu’on ne voit pas ce qui pourra empêcher que ce ne soit pas du pareil au même au niveau de l’Union africaine. Ce sont après tout les mêmes chefs d’Etat qui conduisent la barque à ce niveau. Ce groupe de sages a des chances de n’être autre chose qu’une trouvaille pour caser de chefs d’Etat et des personnalités au chômage ou à la retraite et qui, ayant le « blues » pour leurs années de gloire, pourraient être tentés de reprendre du service par tous les moyens. Voilà au total, alors que l’UA crie à la misère financière, une autre pompe à fric qui s’annonce !

Ce n’est pas davantage la promesse de Kuffuor de créer un gouvernement panafricain durant son mandat qui va créer l’évènement. Le président sud-africain, Thabo Mbeki, sceptique par rapport à l’idée, a d’ailleurs dit à ses homologues «qu’avant de mettre le toit sur une maison, il faut construire ses fondations» (site de RFI du 31/01/2007). Les structures existantes peuvent d’ailleurs faire l’affaire notamment la Commission qui en Europe -par exemple- joue le rôle de gouvernement. Ce n’est certainement pas la pléthore d’organes qui amènera l’influx qui manque à l’organisation panafricaine.

Rien de nouveau sous le ciel !

Dans les couloirs, on a même eu confirmation que ce n’est pas demain la veille que Hissene Habré sera jugé. Le Ministre des affaires étrangères du Sénégal l’a dit : pas de jugement avant trois ans, et encore faudrait-il que les partenaires extérieurs mettent la main à la poche.

La vérité, tout le monde la connaît : c’est que, tant que les chefs d’Etat africains ne rengaineront pas les armes de la déstabilisation, tant qu’ils n’auront pas ce feu sacré pour la démocratie, le souci du développement de leurs pays et la fibre du panafricanisme, on peut multiplier les projets, adopter des chartes sur la démocratie, créer des comités à la pelle ou des gouvernements panafricains tant qu’on veut, ça ne changera rien à l’affaire. Alpha Oumar Konaré, encore une fois, l’a bien compris qui a pris la décision irrévocable de ne pas demander le renouvellement de son mandat à la tête de la Commission. Comme le poisson pourrit par la tête, l’UA s’est avariée par le haut. Il faut décidément en prendre acte et reprendre l’ouvrage par le bas. Aux peuples africains d’assumer leurs responsabilités comme ils savent le faire au plan national lorsque les périls se font menaçants sur leur destin !

La Rédaction





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