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ème SOMMET DE L’UNION AFRICAINE
L’ETINCELLE QUI A ENCORE FAIT FAUX BOND !
Seuls
des démocrates sincères peuvent être
des constructeurs d’une démocratie solide
et seuls des panafricanistes convaincus peuvent entreprendre
l’unification du continent. Nous n’avons
ni les uns ni les autres (sinon en nombre si dérisoires)
à la tête de l’Union africaine (UA).
Ce n’est pas étonnant dès lors que
la démocratie africaine se porte aussi mal et
que la désaffection des Africains, surtout des
plus jeunes d’entre eux, aille grandissante vis-à-vis
de l’UA qui était venue relancer le rêve
déçu de l’Organisation de l’Unité
Africaine.
Le 8ème Sommet de l’UA qui s’est
tenu du 29 au 30 janvier 2007 n’aura pas réussi
à endiguer cette désespérance.
Selon la même loi d’airain, ce sommet a
perpétué les mêmes pesanteurs. On
aura encore eu droit à un thème très
relevé (« la science, la technologie et
la recherche, piliers essentiels pour tout développement
durable ») mais qu’évidemment, on
a survolé. On a comme souvent perdu beaucoup
de temps à s’entendre sur l’élection
du président entrant. Pourtant, à chaque
sommet, la recommandation est faite de s’y prendre
plus tôt pour ne pas donner un spectacle désobligeant
de désorganisation au plus haut niveau.
Comme toujours, il y avait des questions urgentes :
Darfour, Somalie, dans une certaine mesure la Côte
d’Ivoire...
Sur les deux premiers, on a beaucoup parlé mais
on retiendra au final qu’on est passé à
côté de l’essentiel. Pour le Darfour,
on n’a pas encore réussi à briser
les résistances afin de mettre en place ces forces
hybrides devant contribuer à la pacification
du Triangle de la mort que constitue cette zone tampon
entre le Soudan, le Tchad, la République centrafricaine.
C’est le même constat pour la Somalie. Malgré
le besoin criard d’une force multinationale, il
ne s’est pas dessiné à Addis une
volonté manifeste de la constituer dans les meilleurs
délais. Seulement cinq pays ont promis d’envoyer
des troupes : l'Ouganda, le Ghana, le Malawi, le Nigeria
et le Burundi. Voilà qui risque de compromettre
le travail fait par les Ethiopiens à un moment
où les islamistes reprennent du poil de la bête.
S’agissant de la Côte d’Ivoire, soit
que le temps a manqué soit qu’il n’était
pas question de brûler la politesse à la
CEDEAO en charge d’une médiation dont elle
ne s’est pas encore acquitté, il n’en
a pas été véritablement question.
Comme ce ne sont pas les problèmes non résolus
qui manquent, on a parlé de la Charte africaine
de la démocratie. Qu’a-t-on décidé
à propos de cette grande œuvre iconoclaste,
qui a secoué la grande maison lorsqu’elle
a éclaté à la rencontre ministérielle
de Brazzaville ! Les chefs d’Etat ont-ils accordé
à cette idée, généreuse
et si nécessaire à l’Afrique, l’intérêt
qu’elle méritait ? Faut pas rêver
!
Ce n’est pas qu’Alpha Oumar Konaré
n’ait pas bataillé pendant tout ce temps
pour réaliser l’impossible mais il avait
déjà vu juste par sa tirade historique
en juillet dernier à Banjul : « Nous avons
échoué par le haut. J’ai maintenant
la conviction que c’est par le bas que nous pouvons
inverser la tendance : en sensibilisant les citoyens
africains, en favorisant une appropriation populaire
de l’idée panafricaine, en faisant émerger
une opinion publique africaine qui fasse pression sur
ses dirigeants. C’est à cela que je veux
désormais consacrer mon énergie »
(« Le Matin d’Abidjan » du 29 janvier
2007).
Avec un accord plein d’arrière-pensées
comme de réserves, notamment de l’Egypte,
la Charte a été adoptée. L’absence
de commentaires exaltés sur cette adoption en
dit long sur son avenir.
Faut-il alors se rabattre sur ce fameux « Groupe
de 5 sages », chargé d’ « assurer,
avec une grande liberté de parole, la prévention
et la gestion des conflits du continent »
pour trouver la décision forte qui marquera le
sommet ? Sauf extraordinaire, ce ne sera certainement
pas le cas pour ce groupe qui finira par être
neutralisé par la force d’inertie de l’institution
et par les résistances des chefs d’Etat
à se soumettre à des paroles qui ne viennent
pas d’eux. C’est même à la
limite risible quand on connaît ce qu’il
en a coûté à Alpha Oumar Konaré
d’avoir justement été tenté
de se donner une « liberté de parole, il
a été souvent vertement ramené
à l’ordre par les chefs d’Etat comme
Olosogun Obasanjo et Omar Bongo, pour ne citer que ceux-là.
Et puis ce genre de groupe, de conseil de sages, on
en a tellement vu au plan interne des Etats qui se sont
très vite mués en gadgets qu’on
ne voit pas ce qui pourra empêcher que ce ne soit
pas du pareil au même au niveau de l’Union
africaine. Ce sont après tout les mêmes
chefs d’Etat qui conduisent la barque à
ce niveau. Ce groupe de sages a des chances de n’être
autre chose qu’une trouvaille pour caser de chefs
d’Etat et des personnalités au chômage
ou à la retraite et qui, ayant le « blues
» pour leurs années de gloire, pourraient
être tentés de reprendre du service par
tous les moyens. Voilà au total, alors que l’UA
crie à la misère financière, une
autre pompe à fric qui s’annonce !
Ce n’est pas davantage la promesse de Kuffuor
de créer un gouvernement panafricain durant son
mandat qui va créer l’évènement.
Le président sud-africain, Thabo Mbeki, sceptique
par rapport à l’idée, a d’ailleurs
dit à ses homologues «qu’avant de
mettre le toit sur une maison, il faut construire ses
fondations» (site de RFI du 31/01/2007). Les structures
existantes peuvent d’ailleurs faire l’affaire
notamment la Commission qui en Europe -par exemple-
joue le rôle de gouvernement. Ce n’est certainement
pas la pléthore d’organes qui amènera
l’influx qui manque à l’organisation
panafricaine.
Rien de nouveau sous le ciel !
Dans les couloirs, on a même eu confirmation que
ce n’est pas demain la veille que Hissene Habré
sera jugé. Le Ministre des affaires étrangères
du Sénégal l’a dit : pas de jugement
avant trois ans, et encore faudrait-il que les partenaires
extérieurs mettent la main à la poche.
La vérité, tout le monde la connaît
: c’est que, tant que les chefs d’Etat africains
ne rengaineront pas les armes de la déstabilisation,
tant qu’ils n’auront pas ce feu sacré
pour la démocratie, le souci du développement
de leurs pays et la fibre du panafricanisme, on peut
multiplier les projets, adopter des chartes sur la démocratie,
créer des comités à la pelle ou
des gouvernements panafricains tant qu’on veut,
ça ne changera rien à l’affaire.
Alpha Oumar Konaré, encore une fois, l’a
bien compris qui a pris la décision irrévocable
de ne pas demander le renouvellement de son mandat à
la tête de la Commission. Comme le poisson pourrit
par la tête, l’UA s’est avariée
par le haut. Il faut décidément en prendre
acte et reprendre l’ouvrage par le bas. Aux peuples
africains d’assumer leurs responsabilités
comme ils savent le faire au plan national lorsque les
périls se font menaçants sur leur destin
!
La Rédaction