ENTRETIEN
AVEC ME BENEWENDE SANKARA
SUR LE DOSSIER MME YAMEOGO MARIE AUGUSTINE C/ME FAYIRI
SOMDA
Il
y a quelque temps, nous évoquions dans notre
rubrique « Cocktail Flash », la mystérieuse
disparition de l’avocat et Secrétaire
général de l’ADFA, Me Fayiri SOMDA.
La rumeur s’était emparée de l’affaire,
et les commentaires allaient bon train. Ici on disait
qu’il avait pris la clef des champs et s’était
établi en Afrique du Sud, là on affirmait
que c’était plutôt au Ghana qu’il
s’était mis au vert. On parlait tantôt
de gros sous, tantôt de sommes avoisinant le
million fcfa. Pour une telle somme, beaucoup s’offusquaient
que ni la famille, ni les amis, ni le parti, n’aient
été en mesure d’aider l’avocat
à combler le trou pour ne pas ruiner ainsi
sa réputation et sa carrière. Cette
disparition semble se confirmer avec l’absence
au tribunal, le 29 janvier dernier, de Me Somda, appelé
à la barre pour abus de confiance par la victime
Dame Yaméogo Marie Augustine. Le procureur
du Faso a requis 12 mois avec sursis contre lui et
l’affaire a été mise en délibéré
pour le 5 février prochain. Voilà en
soi de quoi faire déjà l’évènement
: un avocat, ancien Procureur, membre d’une
organisation de défense des droits de l’homme,
Secrétaire général d’un
parti politique, qu’on poursuit comme un malotru.
C’est peu banal. Mais ce qui donne encore du
relief au dossier, c’est que, par un curieux
revers de fortune, c’est un autre avocat, président
de l’UNIR/MS, Me Benewende Sankara, que la victime
a constitué pour assurer la défense
de ses intérêts. Avocat politique contre
avocat politique, voilà un thriller de premier
choix. Mais le « best of », c’est
que Me Sankara est bien celui-là même
que Me Somda Fayiri poursuivait avec rage devant les
tribunaux pour les mêmes faits dans un autre
contentieux. Alors, est-ce là, après
tant de péripéties, le dénouement
par une sorte de jugement de Dieu ou tout simplement
par la surpuissance du « wack » de Me
Sankara sur celui de Me Fayiri ?
Le second étant, semble-t-il en cavale, nous
avons approché Me Benewende Sankara pour en
savoir plus. La main sur le cœur, il nous a juré
qu’il n’y avait pas le moins du monde,
une volonté de vengeance de sa part dans cette
constitution. Lisez plutôt !
POUR
COMBIEN DE VICTIMES ETES-VOUS CONSTITUE DANS CE DOSSIER
?
Me Benewende SANKARA : Nous sommes
le conseil de Dame Yaméogo Marie Augustine
mais qui n’a pas été seule victime
de l’accident. La Dame Yaméogo était
avec sa belle-fille, qui portait un enfant au dos.
Le préjudice pour lequel Mme Yaméogo
poursuit Me Somda Fayiri est que ce dernier a usé
de son nom pour escroquer la Générale
des Assurances en faisant croire que Mme Yaméogo
avait accepté une transaction avec l’assurance,
alors qu’elle avait refusé la transaction,
estimant que cette affaire devait être réglée
par la justice.
Lorsqu’elle m’a saisi, elle était
surprise de voir que la Générale des
assurances avait, à la demande de Me Somda,
payé la somme de 982.000 fcfa à titre
de règlement amiable.
De un, la dame n’a rien demandé et de
deux, elle n’a même pas été
informée par Me Somda de l’évolution
de l’affaire, a fortiori percevoir l’argent.
Lorsque nous avons été contacté
par la Dame, nous lui avons d’abord demandé
d’arranger à l’amiable ce contentieux
avec Me Somda, et c’est là qu’elle
a cherché à joindre en vain Me Somda.
On a même touché le Bâtonnier.
Malheureusement, Me Somda est resté absent
jusqu’à ce soir au procès.
DONC,
ME SOMDA A VOULU FAIRE UN REGLEMENT AMIABLE AVEC L’ASSURANCE
Me Benewende SANKARA : En fait, Me
Somda a monté un dossier de 5 000 000 et un
peu plus, et l’assurance devait payer ce montant.
Mais selon le code CIMA, il y a une procédure
qui s’appelle le règlement transactionnel
et pour appliquer cette procédure, l’assurance
fait ce qu’on appelle une offre ; elle (l’assurance)
vous propos un montant de règlement ; si vous
êtes d’accord, vous prenez, si vous ne
l’êtes pas, le tribunal apprécie.
Dans le cas d’espèce, Me Somda a déposé
sa lettre en date du 10 novembre 2003 et l’assurance
a répondu le 19 février 2004, en faisant
l’offre de 982.600 fcfa représentant
le règlement total du préjudice survenu.
Et Me Somda a répondu favorablement à
cette lettre, à la veille des fêtes de
2005 (le 19 décembre). L’argent a été
touché par Me Somda le 30 décembre 2005.
Le vrai problème est que, quand on fait une
bêtise comme ça, ça se découvre
forcément, l’assurance nous a produit
tous les papiers…
Moi personnellement, au regard du contentieux que
j’ai avec Me Fayiri, je n’ai pas voulu
polémiquer, je lui ai envoyé une lettre
pour l’inviter à trouver un terrain d’entente
avec Mme Yaméogo parce que Mme Yaméogo
et moi, nous connaissons depuis longtemps ; elle était
ma cliente avant que je n’aille à l’Assemblée.
Pendant que j’étais à l’Assemblée,
il semble qu’un juge lui aurait conseillé
Me Fayiri. Pour éviter tout quiproquo, j’ai
également écrit au Bâtonnier mais
Me Somda est resté indifférent et même
introuvable.
AU
REGARD DE SON ABSENCE, QUELLE PEUT ETRE L’ ISSUE
DE LA QUESTION ?
Me Benewende SANKARA : Il n’est
pas là. Il a été cité
à personne, et même pour lui donner l’exploit
de citation, l’huissier a eu beaucoup de difficultés.
Toutefois, il y a eu décision qui est entendue,
elle serait réputée contradictoire.
Puisqu’entre temps, il avait même pris
un avocat. Il n’est peut-être pas là
mais il n’est pas encore radié du Barreau,
il a une famille…
POUR
FINIR, MAITRE, POURRAIT-ON DIRE QUE VOUS TENEZ LE
BON BOUT POUR RENDRE A VOTRE CONFRERE CE QU’
IL A VOULU VOUS FAIRE SUBIR ?
Me Benewende SANKARA : Non, non ! Je ne suis pas revanchard
et je ne saurais, au nom d’un client, régler
nos questions personnelles. Sinon, j’aurais
souhaité, dès la première occasion,
régler ce problème à l’amiable,
et ça, c’est au nom de la déontologie
de mon métier. Sinon, en tant que politicien,
quand tu tiens ton adversaire par le bon bout…
ma foi ! (rires) !