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San Finna N°399 du 05 au 11 Février 2007
"Il n'est de Liberté qu'en dehors de l'Abus"

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CRISE POLITIQUE, SOCIALE ET MILITAIRE EN DERAPAGE
VAINES STRATEGIES DE CONTOURNEMENT DU POUVOIR

Même si dans les grands médias, on n’en parle pas, le Burkina Faso vit une crise sociale, politique et militaire qui a atteint un stade qui doit inquiéter. Pourtant, fidèle à sa stratégie éprouvée de pourrissement, le pouvoir a encore adopté la méthode d’évitement pour ne pas devoir répondre aux questions de fond que requiert la situation. Mais il a d’abord une priorité : gommer au plus vite de l’opinion nationale et internationale le grand revers causé par la mutinerie militaire (qui couve toujours). Il s’agit ici de jouer la politique de la carotte et du bâton : permutations, opérations de division, évictions, gratifications, et par-dessus tout « arrosages » à grande eau…. Ca a toujours fonctionné, ça pourrait encore marcher (surtout qu’à force les Burkinabé sont enclins à s’acheter d’autres valeurs) et partant, convaincre l’armée à rejoindre le rang au propre comme au figuré. Et on y met le paquet jusqu’à appeler en renfort les confessions religieuses à des actions de grâce. Oui, le monde va savoir qu’au-delà des femmes et hommes, de la chefferie coutumière, les hiérarchies musulmane, catholique, protestante, n’ont pas tort de faire comme si Dieu lui-même avait pris parti pour le pouvoir !

Cela suffira-t-il à calmer le courroux des militaires, des gendarmes, des policiers, bref des forces de défense et de sécurité, à les faire taire par rapport à leurs revendications au sujet de ces fameuses ponctions de 17 % opérées sur leurs soldes depuis la Révolution, à les calmer au sujet des indemnités de congé libérable de tous ceux qui sont allés à la retraite en 2006 et qui s’apprêtent à y aller en 2007. Arrivera-t-on aussi à les apaiser s’agissant des demandes d’ indemnités de logement des sous-officiers, des hommes du rang comme des autres demandes de fond liées notamment à la refondation de la grande maison ? C’est là la grande question, d’autant plus brûlante que les militaires, comme les civils (et peut-être encore plus que les civils) ont appris maintenant à se défier des leurres, des fausses promesses et de l’art consommé de la diversion du pouvoir.

Mais imperturbable, Blaise Compaoré et les siens croient toujours dans les stratégies de contournement et choisissent en ce moment de miser à fond sur deux options pour se tirer d’affaire, en banalisant la crise nationale déclarée.

LA STRATEGIE DE LA MEDIATION IVOIRIENNE

Nous sommes engagés au Burkina Faso depuis quelques années, dans une politique à tout va de facilitations. On utilise les intermédiations, les médiations, comme investissement politique, économique et diplomatique mais aussi comme effaceur ou atténuateur de fautes voire de crimes. Si ce faisant, on parvient à ancrer dans l’opinion l’idée que les dirigeants burkinabé sont des artisans incomparables de dialogue, de paix, on n’attirera pas seulement sur eux la sympathie, la compassion, les aides, on leur assurera aussi ces circonstances atténuantes qui mènent tout droit au pardon ; on détournera au passage les regards du besoin irrépressible de réformes, de mutations qui résonnent dans le pays. Voilà le but !

Pour y parvenir, on ne lésine sur aucun moyen, ni financier, ni diplomatique, et surtout pas médiatique. Et il suffit de voir les nouvelles orientations prises par nombre de médias au sujet de la crise ivoirienne, pour s’en convaincre. Certains de ces médias, face à la tournure prise par les évènements, choisissent enfin la voie de la démystification en révélant l’évidence de l’implication du régime dans la crise ivoirienne mais à y regarder de plus près, ils le font pour banaliser les choses, comme pour appeler à accepter qu’une faute avouée est à moitié pardonnée. D’autres restent conformes à leurs dénégations sur la responsabilité des autorités dans la crise pour trouver dans l’appel à médiation de Blaise Compaoré, la justification de leurs positions et se donner bonne conscience pour demander de tourner la page. Dans un cas comme dans l’autre, c’est le prétexte de la médiation dans la crise ivoirienne pour servir la cause du pouvoir et lui assurer finalement l’impunité.

Mais pour ce qui est de la crise nationale, elle sera tout de suite dissipée par tout le tsoin-tsoin qu’on fera autour des heureuses conclusions de la médiation

LA STRATEGIE DES ELECTIONS LEGISLATIVES A TOUT PRIX

L’autre choix pour divertir l’opinion nationale et internationale, c’est celui du feuilleton électoral qui s’annonce. Les élections législatives sont prévues pour le 6 mai 2007. Il faut en abreuver l’opinion jusqu’à plus soif, transformer ces élections en un véritable feuilleton brésilien. Et pour cela, on ne lésine pas non plus sur les moyens. Il faut coûte que coûte respecter l’échéance électorale, rassurer par conséquent sur la stabilité et la durabilité du régime. Le processus électoral, on le sait, est en rade, avec une CENI encore plus bordélique qu’au moment où le Président de l’UNDD en faisait la dénonciation, avec les fraudes déjà en chantier, prouvant que la transparence ne sera pas davantage au rendez-vous de ce scrutin. Le CGD lui-même, dont les sondages sont quelquefois suspectés de partialité, vient d’en conclure un qui relève que les sondés demanderaient, au vu de certaines constatations concernant la CENI et le code électoral, «l’exclusion de la société civile de la CENI au profit d’une composition bipartite, majorité opposition…, la relecture consensuelle du code électoral et son respect scrupuleux, l’impartialité et la neutralité politique de autorités coutumières, le maintien de la CENI tout en veillant à sa neutralité, son impartialité politique et l’intégrité de ses membres ». (Sidwaya du 2 février 2007). C’est tout simplement éloquent. Mais on fait plus que jamais fi de tout cela, des demandes de l’opposition relatives à la relecture de la constitution, des instruments électoraux et plus précisément du code électoral.

On fonce vers ces élections, persuadé qu’encore et toujours, la soif de paraître, de s’asseoir à la « table des convives », amènera le personnel politique, toutes tendances confondues, à oublier les récriminations et à entrer dans la danse. On y croit surtout qu’il y a eu ces attitudes ambiguës de l’opposition lors du renouvellement des instances centrales et décentralisées de la CENI et ce ramollissement dans sa lutte promise pour la normalisation de la démocratie. Le pouvoir se dit qu’il peut amener ce personnel politique à prendre des rôles de premier plan dans la comédie électorale qui du reste bat déjà son plein dans les médias, comme en atteste la relation des batailles épiques qui s’annoncent ou qui ont lieu par rapport à la confection des listes et au placement des candidats. Pour nos gouvernants, il n’y a pas de doute : dès l’ouverture de ce marché électoral, les électeurs vont encore endiabler la campagne en faisant monter les enchères. La pauvreté sévissant, les priorités du moment tenant aux réformes économiques et sociales, comme politiques et institutionnelles, passeront au second plan. On en revient au même objectif !

Cela suffira-t-il effectivement à dévier l’opposition déterminée de sa quête pour la réalisation de la démocratie, à détourner le Collectif de sa lutte contre l’impunité qu’il a maintenant élargi à la mal gouvernance ?

Sur ce plan, comme sur celui de l’instrumentalisation de la médiation, il n’est pas sûr que l’objectif se réalise. Le désenchantement vis-à-vis des élections est très profond, et les Burkinabé, civils comme militaires, ne sont plus dupes

Il se pourrait donc que finalement, toute cette frénésie à accomplir une facilitation heureuse et à tenir vaille que vaille les élections législatives, ne sorte pas pour autant le pouvoir de l’auberge, qu’au bout du compte, il ne réalise qu’il a seulement reculé que pour mieux sauter, bref que la grande confrontation viendra à lui s’il ne veut pas aller à elle !

C.Y





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