San
Finna N°398 du
29 Janvier au 04 Février 2007
"Il n'est de Liberté qu'en dehors de l'Abus"
ELECTIONS
PRESIDENTIELLES FRANÇAISES
LES RAISONS D’UNE ABSENCE DE L’AFRIQUE DANS
LES DEBATS
Pour
faire comprendre les raisons qui expliquent que l’Afrique
soit évacuée du débat des présidentielles
françaises, on recourt généralement
aux justifications suivantes.
Le continent ne
pèse même pas 2 % dans le commerce mondial.
C’est lapidaire ! Ca rappelle que les Etats n’ont
que des intérêts, que les grandes puissances
n’ont d’égards que pour ce qui compte
en termes de capacités économiques, militaires,
stratégiques, médiatiques…
En France, on ne peut pas dire que les USA, la Chine,
soient absentes du débat ; c’est justement
parce que l’un et l’autre pays sont des puissances
économiques, militaires.. , avec lesquels il faut
compter.
D’autres vous diront de ne vraiment pas trop en
exiger aux Français plutôt ignorants des
réalités géographiques sinon ethnocentristes.
Demandez-leur où se trouve le Wyoming, qu’est-ce
que le Drakensberg ou tout simplement où se trouve
la Guinée à une émission comme Questions
pour un champion, et vous serez ébahi par les réponses
qui y seront données !
D’autres encore soutiennent que le black out sur
l’Afrique s’explique par le fait que, contrairement
à des pays comme les USA, la politique extérieure
n’a jamais été la tasse de thé
des Français et joué de façon déterminante
sur le scrutin.
Enfin, il y en a qui expliquent que la campagne n’est
pas encore commencée et qu’il n’est
pas sûr que, lorsqu’elle battra son plein,
on n’en viendra pas à parler de l’Afrique.
Tout ça, c’est bien possible mais il est
en tout cas d’autres raisons qui, a contrario, auraient
pu susciter plus d’intérêt pour le
continent dans le débat français.
Elles tiennent d’abord à la morale. La France
se présente comme la défenderesse principale
de l’Afrique, des « Sans culottes »
du monde. Elle le clame dans toutes les rencontres avec
des propositions de programmes d’aide à l’appui.
Ses candidats devraient en assumer la responsabilité
devant les électeurs pour ne pas donner le sentiment
que ce rôle n’est revendiqué que pour
des considérations de géostratégie
et d’édification de sa puissance diplomatique.
Mais il y a surtout des raisons qui tiennent à
la transparence à laquelle les électeurs
français ont droit pour ne pas dire à l’injustice
que cause par moment aux pays africains la politique africaine
de la France et qui gagneraient à être confessées
à l’opinion publique. Et là on ouvre
ces dossiers plutôt délicats de la Françafrique.
Il suffit de s’y plonger et d’ouvrir la page
du Gabon, du Tchad, du Congo…, du Burkina Faso ou
de la Côte d’Ivoire… pour voir que si
les Français en étaient informés
par le menu, ils sanctionneraient tous ceux qui donnent
une si piètre image de leur pays au monde. Et c’est
pourquoi, Gauche et Droite, qui ont des responsabilités
à assumer sur ce point, sont muets comme des carpes.
L’argument du peu de poids de l’Afrique n’est
certainement pas convaincant car on sait que sans l’Afrique,
quoi que les candidats en disent, la France ne serait
pas tout à fait ce qu’elle est. Celui du
peu d’influence de la politique étrangère
dans le débat français n’est pas davantage
sérieux quand on voit l’application des candidats
à courir le monde entier jusqu’à visiter
l’Afrique pour les besoins de la bataille électorale
à venir.
Mais parler de l’Afrique ne fait pas que gêner
les partis politiques traditionnels ; cela pourrait aussi
à leur goût gêner les intérêts
de la France. C’est bien pour cela par exemple que
l’on ne parlera pas de l’OMC, donc des subventions,
et qu’on fait des pieds et des mains pour ne pas
que les négociations sur l’OMC se tiennent
à due date. Le Monde du 23/01/2007, dans un article
intitulé « La France bloque la relance
des négociations à l’OMC »,
s’en explique : « En pleine campagne électorale,
la France fait tout, contre l’avis de la présidence
allemande de l’Union européenne, pour dissuader
Peter Mandelson, le commissaire européen au commerce,
d’aller de l’avant dans les négociations
de libéralisation des échanges au sein de
l’OMC ». Et au journal de poursuivre : «A
moins de trois mois de l’élection présidentielle,
il n’est pas question pour les responsables français
de baisser la garde. Les candidats restent très
prudents en matière de réforme de la politique
agricole commune alors qu’un accord à l’OMC
pourrait conduire à une nouvelle réforme
en profondeur de celle-ci ».
Il n’est pas question pour les candidats, on l’aura
compris, de devoir s’exposer à soutenir les
pays africains dans leurs demandes de suppression des
subventions au risque de se faire sanctionner électoralement.
Si une chose, peut-être, peut apporter des évolutions
et donner une place à l’Afrique dans les
préoccupations françaises, c’est que
la société civile, qui s’organise
actuellement en contre-pouvoir pour obtenir une refonte
de la politique africaine de la France, gagne en puissance.
La voie est toute tracée avec le Centre de recherche
et d’information pour le développement CRID,
Collectif de 54 associations françaises de solidarité
internationale (dont la célèbre association
SURVIE créée par François Xavier
Vershave qui a combattu jusqu’à sa mort la
Françafrique) qui a justement choisi la période
électorale en France pour exiger une politique
responsable et transparente de la France en Afrique. Ce
qu’il demande, c’est que les candidats (es)
s’engagent :
«
• en faveur d’une politique de coopération
avec l’Afrique respectant :
- l’état de droit et les aspirations démocratiques,
- les droits économiques, sociaux et culturels
des peuples,
- de la souveraineté économique, politique
et militaire des États reconnus par leur population,
- les dynamiques régionales et continentales africaines
;
•
en faveur d’un contrôle parlementaire et citoyen
de la politique française en Afrique afin qu’elle
ne puisse plus être confisquée par une minorité
d’acteurs politiques et économiques. Nous
demandons que soit mise en place une commission parlementaire
chargée de réaliser un bilan des politiques
françaises en Afrique en auditionnant experts,
responsables politiques, économiques et associatifs
;
•
pour que la France défende plus activement les
intérêts africains au sein des institutions
internationales ».
Si
face à cette initiative heureuse, les leaders africains
travaillent à promouvoir l’émergence
d’un lobby black en France qui s’investisse
sérieusement dans la défense des intérêts
du continent, comme l’a recommandé l’UNDD,
cela pourrait, comme on le dit, faire bouger les lignes.
Mais nous sommes à l’orée de la campagne
; attendons son terme pour voir si ces frémissements
et ces souhaits seront ou non couronnés de succès.