BILLET
DIALOGUE INTER IVOIRIEN
QUE LES CONVERTIS QUI ONT PECHE
N’ASPIRENT TOUT DE MEME PAS A LA SANCTIFICATION
!
On
dit que la politique sans hypocrisie est comme une
sauce sans condiment : fade, indigeste. C’est
l’exemple que nous donne à consommer
le menuet qu’exécutent actuellement les
numéros 1 ivoirien et burkinabé à
propos de cette crise interne et internationale qui
a failli amener leurs deux pays au bord de la confrontation.
Que Laurent Gbagbo soit contraint de se livrer à
cette farandole, personne n’en ignore les motivations
profondes. Il a sa main dans la gueule du lion et
pour l’en délivrer sans dommages, il
doit caresser la bête.
Que Blaise Compaoré se prête à
cette cour assidue, personne n’en méconnaît
les vraies raisons. L’avenir s’assombrit
pour lui et il doit se donner toutes les chances,
sinon de rebondir, de perdre le moins de plumes possible.
Tous les deux, ils se la jouent douce mais personne
ne persifle. Chacun retient même son souffle
en se disant «Pourvu que ça marche »
parce que c’est la paix qui est en jeu.
C’est ce qui explique que le dialogue inter
ivoirien ne soit pas boudé ni aux Nations Unies
ni par la France, qui fait même dire qu’on
peut ne pas faire une crispation sur la 1721 si le
dialogue peut ouvrir les portes de la paix. C’est
ce qui justifie également qu’en Côte
d’Ivoire, les Mamadou Koulibaly, les Affi N’Guessan..,
n’en aient que pour la main tendue et que le
Général de la rue, Blé Goudé,
ait lancé une campagne nationale pour la paix
du nord au sud, qui doit durer jusqu’au 20 février
prochain, et baptisée "Prends ma main
mon frère, prends ma main ma soeur".
C’est également la raison pour laquelle
au Burkina Faso, on remarque des bémols dans
la campagne anti-Gbagbo et que l’on note que
bien de faucons se déclarent partants pour
la main tendue de Gbagbo à Soro.
Voilà un exemple d’ hypocrisie politique
utile.
Cependant, de l’hypocrisie, il en va comme de
toutes choses ; il faut en consommer avec modération,
sans succomber à l’ivresse. Va par exemple
que Blaise Compaoré, au nom de la CEDEAO, soit
facilitateur de la crise (quoi que !) et qu’il
donne des gages d’y croire. Mais qu’avant
même que la paix ne soit définitivement
scellée, on se répande sur ses qualités
éprouvées de médiateur, sur les
service inestimables qu’il distribue ici et
là au bénéfice de la fraternité
et de la paix, pour le nominer au prix Félix
Houphouët Boigny (ou au Nobel !), on n’est
pas des bêtes quand même ! Il y a là
des débordements qui confinent à l’
« écoeurance », à l’insulte
de la mémoire collective, et pire à
la « statufication » internationale de
l’impunité.
La politique est ainsi faite aussi qu’elle doit
savoir s’enrichir de sincérité,
d’humilité, parfois même de repentance,
parce qu’en définitive, le peuple, qui
voit et qui se souvient, même s’il fait
parfois semblant, ne se laisse jamais distancer pour
toujours par l’histoire !
Alors, Blaise Compaoré a beau être friand
d’honneurs, de prix pour se racheter des conduites
passées et aspirer comme Mère Térésa
ou l’Abbé Pierre à l’éternité,
qu’il sache jouer les modérateurs auprès
de ses courtisans afin qu’ils mettent la pédale
douce ; il pourrait compromettre le processus de pacification
en cours. Beaucoup, qui n’ont pas oublié,
qui n’ont pas encore fait leur deuil, pourraient
même au profit de la paix, ne pas s’accommoder
de ce comble de cynisme !
C.Y