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San Finna N°397 du 22 au 27 Janvier 2007
"Il n'est de Liberté qu'en dehors de l'Abus"

 

A vue de monde

MUTINERIES, INSURRECTIONS AU SERVICE DE LA BONNE GOUVERNANCE AFRICAINE
CAS DE LA GUINEE ET DU BURKINA FASO

Il est des formes de contestation en cours actuellement en Afrique de l’Ouest dont l’opinion gagnerait, pour son édification, à ce que l’on en fasse des analyses comparées. C’est particulièrement le cas de la crise nationale qui a déclenché une insurrection en Guinée et de celle qui, au Burkina Faso, a conduit les militaires à commettre cette série de mutineries sans précédent dans le pays. Certains pourraient penser que la comparaison est un peu excessive mais quand on observe qu’il s’en trouve pour comparer, à son grand désavantage George W. Bush à Ben Laden, on se dit que le parallèle entre les chefs d’Etat guinéen et burkinabé, loin d’être forcé, peut très bien tenir la route !

L’EVIDENCE DES PARALLELES

Dans les deux cas, c’est l’accumulation de frustrations dues à la mauvaise gouvernance et le sentiment que sauf une réaction de choc, rien ne peut changer le cours des choses, qui a amené à franchir le rubicond.

Qu’importe qu’en Guinée, le leadership soit assuré par la société civile à travers les syndicats et les mouvements de droits de l’homme et qu’au Burkina Faso, l’appel d’air pour le changement vienne de l’armée. L’important, c’est que, grâce à ces deux entremises, un éclairage soit porté sur les insuffisances voire les tares des deux gouvernances et que l’évidence des mobilisations pour le changement s’impose. Il est en effet des moments, lorsque les équilibres nationaux sont menacés et que l’unité nationale s’en trouve compromise, où les citoyens organisés ou non, civils ou non, politiques ou non, ont un devoir patriotique et républicain de réaction. Si en Guinée, malgré la tendance d’une certaine opinion à enfermer l’action syndicale dans des limites strictement corporatistes, les syndicats sont allés jusqu’à engager, au-delà de leurs demandes catégorielles, des revendications politiques reposant notamment sur la constatation de l’empêchement, pour raisons de santé, de Lansana Conté et la formation d’un gouvernement d’union nationale, c’est parce qu’ils sont apparus comme la seule force organisée, non maîtrisée par le pouvoir, ayant encore la capacité de porter haut les revendications populaires pour un changement. Si pareillement au Burkina Faso, l’armée, au vu des frustrations en son sein et au plan national, a osé se mutiner, c’est parce que, contre toute attente, elle n’est pas totalement sous la coupe personnelle du régime et qu’elle reste la seule puissance organisée pouvant taper du poing sur la table pour remettre en ligne les préoccupations nationales. De fait, personne ne querelle réellement aux syndicats guinéens leur choix et au Burkina Faso, on ne conteste pas davantage qu’au-delà des exigences particulières, les militaires ont posé des problèmes de fond qui intéressent toute la nation.

Curieusement, dans les deux situations, on observe que c’est encore le mépris de gouvernants repus vis-à-vis de populations dans le besoin extrême mais que c’est surtout une question d’injustice, de rupture de l’équilibre des pouvoirs, de démocratie en trompe-l’œil qui a constitué la goutte d’eau qui a fait déborder le vase. En Guinée, c’est la décision prise par l’Exécutif et par le président Conté lui-même de libérer notamment son protégé Mamadou Sylla, qui a fait dire aux syndicats en insurrection que «Trop, c’était trop ». Au Burkina Faso, ce sont les dénis de justice cumulatifs, les non-lieux scandaleux dans des dossiers sensibles, gênants pour le pouvoir, comme celui de Norbert Zongo, les assassinats et meurtres sans suites judiciaires (ayant conduit jusqu’à la liquidation physique d’un militaire par un policier) qui ont jeté l’armée dans la rue, avec aussi comme cri de guerre « Trop c’est trop ».

LA NON MISE EN PARRALLELE DES DEUX CAS

Les similitudes entre les deux situations transparaissent du reste indirectement de la réaction de la Rencontre africaine pour la défense des droits de l'homme (RADDHO), organisation de référence en matière de droits humains que l’on entend beaucoup dans certains dossiers africains et spécialement dans celui intéressant la Guinée. L’organisation d’Alioune Tine, dans une note parvenue à la rédaction de Wal Fadjiri Dakar le 16/ 01/2007 exige que Lansana Conté quitte le pouvoir parce qu’il a des « agissements aux antipodes de la démocratie ». La RADDHO relève à la clef la propension du pouvoir guinéen à violer les « dispositions constitutionnelles relatives au principe de la séparation des pouvoirs en Guinée » et, dans la foulée, invite « la CEDEAO, l’Union Africaine et l’ONU à faciliter le dialogue national et la sortie de crise en Guinée ». Pour conclure, la RADDHO met en garde les institutions internationales contre le risque d’assister, passif, à la dégradation de la situation en Guinée pour finir une fois de plus par « jouer les sapeurs-pompiers comme cela a été le cas dans beaucoup de pays africains minés par les conflits armés ».

Un observateur impartial ferait immédiatement le rapprochement avec le mal-vivre démocratique chronique que connaissent depuis quelques années, les Burkinabé.

Chez nous aussi, en effet, il y en a qui demandent le départ du pouvoir de Blaise Compaoré au vu de ces pratiques tout à fait contraires à la démocratie qui vont même s’empirant. Quant à la violation des dispositions constitutionnelles qui portent notamment atteinte à la séparation des pouvoirs (et la limitation des mandats), elles en sont à la fondation d’une monarchie de fait. La conséquence en est l’impasse au niveau de la justice comme au niveau de la gestion générale du pays. Par ailleurs, des nécessités d’ interventions de la communauté internationale pour dégripper les organes de l’Etat et pour ne pas avoir à jouer au médecin après la mort, on ne les compte plus au Burkina Faso.

Mais d’où vient alors que l’on ne fasse pas ce parallèle évident entre les deux pays, que bon nombre de mouvements de défense des droits de l’homme et des peuples soient à ce sujet si peu loquaces par rapport au Burkina Faso et si intarissables quand il s’agit de pays comme la Guinée, la Côte d’Ivoire… ? D’où vient ensuite que lorsque de rares syndicats ou organisations de défense des droits de l’homme, l’armée, prennent le devant des choses en substitution à des structures politiques défaillantes, on crie au crime de lèse république, de lèse constitution cependant qu’en Guinée, le fait est glorifié ?

LA REPONSE POSSIBLE A LA DIFFERENCIATION

Une des réponses, toute simple, pourrait se trouver dans les calculs de quelques partenaires techniques et financiers. Bien que sachant en réalité que tous les deux dirigeants sont des mauvais élèves de la gouvernance durable, pour des raisons de commodité personnelle, diplomatique, de géostratégie ou d’impératifs économiques, ceux-ci préfèrent garder en selle l’utile Blaise Compaoré et sacrifier Lansana Conté, désespérément irrécupérable.

Il faut dire que si ce déséquilibre de traitement a pu aussi s’imposer, c’est que Lansana Conté n’a pas su affiner ses méthodes de gouvernance autoritaires, en investissant notamment dans les marchés médiatico-diplomatiques, dans les répressions, corruptions et fraudes fines qui s’opèrent avec le minimum de traçabilité. C’est ce que Blaise Compaoré a réussi comme prouesse au fil des ans au point d’avoir pu être présenté au monde longtemps mystifié, comme un faiseur de paix, un amoureux de la liberté et de la démocratie, un gestionnaire hors pair. On a donc bonne conscience pour garder l’un et se défaire de l’autre.

Mais il faut encore et heureusement relever un autre parallèle de taille entre les deux évènements guinéen et burkinabé qui montre l’urgence des changements. Les syndicats guinéens, qui ont zoomé sur les besoins de rupture, sont si bien au fait de la situation de leur pays, si conscients que la charge de rupture est atteinte qu’ils ne sont pas prêts à s’en laisser conter ni par un Conté ni par les faiseurs d’opinion. De son côté, l’armée au Burkina Faso (bien que quelques-uns continuent bêtement à la voir comme l’armée de papa, détachée des réalités de la vie politique, économique et sociale, bref limitée), est si immergée dans les réalités nationales et si pourvue en compétences multiples pour décrypter la véritable nature de la gouvernance du pays, qu’elle non plus n’est pas aussi domptable que cela ni par un Blaise Compaoré ni par les faiseurs d’opinion. Par ses dernières mutineries, elle en a fait la démonstration en faisant résonner tout haut ce que beaucoup murmuraient bien bas. Le constat, d’ailleurs, du Professeur Luc Ibriga, à ce propos, au journal InfoSud est sage, limpide et courageux : "Il faut travailler à dépolitiser notre administration pour éviter que cette administration ne serve une partie des citoyens au lieu de tous les citoyens. Sinon, ce qui est arrivé en Mauritanie, au Tchad, et en Centrafrique, peut arriver chez nous".

Alors, finalement, aux deux dirigeants de la Guinée et du Burkina Faso d’en prendre les justes mesures pendant qu’il est encore temps !

VT





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