San
Finna N°396 du
15 au 21 Janvier 2007 "Il
n'est de Liberté qu'en dehors de l'Abus"
FEMMES
EN NOIR DU FASO
MESSAGE DU 7 JANVIER 2007
SUR LA TOMBE DE NORBERT ZONGO
Le
1er dimanche du mois de janvier 2007, les Femmes en noir
ont remis ça : inlassables, elles se sont retrouvées
autour de la tombe de Norbert Zongo et de ses compagnons
pour le mensuel témoignage de leur détermination
à être la petite flamme inextinguible. Ce
fut l’occasion pour elles, à travers leur
message, de revenir sur l’idée de ce fonds
de protection et de motivation pour favoriser les témoignages
dans les dossiers sensibles. Comme pour leur donner raison,
voilà que Moïse Ouédraogo, le frère
du célèbre supplicié du Conseil de
l’Entente, David Ouédraogo, se fait entendre
dans une interview choc dans l’Evènement
qui ouvre des perspectives tout aussi fortes que celles
offertes par Robert Ménard de réouverture
du dossier de Norbert Zongo. Du coup, la proposition des
Femmes en noir se révèle encore plus nécessaire
et urgente quand on connaît la propension qu’on
a au Burkina Faso de faire taire les témoins gênants
et d’effacer les indices compromettants dans les
dossiers sensibles. Voici donc le message que les Femmes
en noir ont livré le 7 janvier dernier au cimetière
de Gounghin.
Norbert,
Le
mois de décembre 2006 s’est achevé
sans que, malgré des mobilisations conséquentes,
la nouvelle de la réouverture de ton dossier ne
tombe. Le pouvoir est resté sourd à notre
appel, à celui du Collectif comme de bien d’autres
structures et de partenaires.
Mais
s’il s’entête à vouloir enterrer
le dossier, nous nous entêterons à notre
niveau à le déterrer sans tapage mais avec
constance et détermination. Petit à petit,
goutte à goutte, nous sommes persuadées
que nous sortirons victorieuses de la lutte contre l’oubli
et l’impunité.
Ce
que nous souhaitons pour 2007, c’est que tous ceux
qui ont élevé la voix après le non-lieu,
au lieu de se murer dans le silence, continuent à
donner de la voix, à s’engager davantage
dans la lutte contre l’impunité ; cette impunité,
qui prend de l’ampleur et qui aura eu une incidence
dans les derniers évènements qui ont secoué
tout le pays à la suite du meurtre d’un militaire
par un policier. Les incitations à témoignage,
par des motivations notamment financières et sécuritaires,
peuvent aider à rompre les barrières de
la peur et faire bouger les choses. Cela se fait dans
beaucoup de pays dont les USA où une prime a été
votée pour des renseignements afin de capturer
Charles Taylor et dernièrement au Sénégal
après l’assassinat de Oumar Lamine BADJI,
Président du conseil régional de Ziguinchor
où le Président Wade a proposé 50
millions de fcfa pour des informations sur ce crime. La
même chose pourrait être appliquée
dans des dossiers sensibles au Burkina Faso avec l’aide
d’un Fond que pourraient soutenir des partenaires
attachés à la lutte contre l’impunité.
Nous
ne manquerons pas de revenir sur cette idée.
En
attendant, Norbert, nous te disons « à nous
revoir en début février » en espérant
que d’autres bonnes volontés se joindront
à nous dans cette lutte de longue haleine.
CRISE
A L'ECOLE INTER-ETATS D'INGENIEURS DE L'EQUIPEMENT RURAL
(EIER)
S’il
est un des reproches souvent faits aux médias
burkinabé, c’est l’indifférence
volontaire ou involontaire qu’ils manifestent
parfois par rapport à des questions catégorielles
très sensibles. Et ce reproche est souvent formulé
par des cercles aussi divers que ceux des étudiants
de l’Unité de formation et de recherche
en Sciences Humaines, des femmes balayeuses de Koudougou…
La question qui fait actuellement grand
bruit en milieu estudiantin et qui n’a pas l’écho
favorable au niveau médiatique, c’est la
crise à L'Ecole inter-états d'Ingénieurs
de l'Equipement Rural (EIER).
Ce label du panafricanisme va de plus en plus à
la dérive.
En effet, depuis les dernières semaines du mois
de décembre 2006, les étudiants de l’EIER
ont déserté les amphithéâtres.
Réunis en assemblée générale
extraordinaire le 15 décembre 2006 sur le site
de Ouaga (NDLR : l’école a deux sites,
celui de Ouaga et celui de Kamboinsé), ils réclamaient
à l’époque, entre autres :
-l’accessibilité
24 h/24 h de la salle informatique pour permettre aux
étudiants de mener leurs recherches
-l’accessibilité des salles de cours en
dehors des heures de cours pour les besoins de travaux
en groupe
-une précision sur la nature des diplômes
sanctionnant leurs études car pour eux, l’administration
entretient une confusion entre Master et diplôme
d’ingénieur à travers un diplôme
appelé Master d’ingénierie
Après
un premier mouvement marqué par une marche de
Kamboisé à Ouaga, ils furent reçus
par le Secrétaire général du Ministère
de l’Agriculture et des ressources halieutiques
pour échanger autour de leurs problèmes.
Le Ministre Salif Diallo « himself » se
serait joint à la réunion et aurait garanti
aux étudiants la résolution de leurs problèmes
à condition que ceux-ci reprennent les cours
à la rentrée.
A la rentrée, les choses –au lieu d’évoluer
positivement- ont régressé. Alors qu’il
était prévu une rencontre tripartite,
c’est-à-dire le Ministre, l’Administration
de l’école et les étudiants, en
lieu et place, il n’y a eu qu’une chaîne
d’audiences : d’abord entre le SG du Ministère
et les étudiants. Ces derniers ont eu le sentiment
d’être méprisés et c’est
pourquoi ils rechigneraient à reprendre les cours
car ils veulent qu’on crée un cadre de
concertation avec l’administration, qu’on
leur donne l’assurance que les cours manqués
seront assurés et que les devoirs qui n’ont
pu se tenir seront reprogrammés.
Sur place, ce sont des étudiants solidaires que
nous avons vus et qui se disent déterminés
à se battre pour la protection de leur joyau.
A ce qu’on dit, à l’occasion de l’arrivée
très prochaine du PCA de l’école,
les étudiants entendraient à nouveau manifester.