Mise à jour le 14/01/2007
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San Finna N°396 du 15 au 21 Janvier 2007
"Il n'est de Liberté qu'en dehors de l'Abus"
 

Deux sons de cloche

LES REVELATIONS DE MOÏSE OUEDRAOGO (FRERE DE DAVID OUEDRAOGO) DEVRAIENT-ELLES OUI OU NON ENTRAINER LA REOUVERTURE DU DOSSIER NORBERT ZONGO ?

On a beau vouloir sceller et à jamais la procédure Norbert Zongo d’une chape de plomb, rien n’y fait : il y a toujours comme un évènement qui vient le rappeler au « bon souvenir » du pouvoir. Le dernier en date, c’est l’interview du frère de David Ouédraogo, Moïse Ouédraogo, réalisée par l’Evènement et publiée dans son édition n° 107 du 10 janvier 2007. Pour un brûlot, c’en est un, et comme il fallait s’y attendre, la polémique fait rage entre ceux qui en tirent argument pour estimer qu’il y a maintenant matière à réouverture de l’enquête et ceux au contraire qui soutiennent qu’il n’y a pas de quoi fouetter un chat et que le non-lieu doit poursuivre son long et inébranlable sommeil du juste. Deux sons de cloche.

L’INTERVIEW DE MOISE OUEDRAOGO NE PEUT AUCUNEMENT REMETTRE EN CAUSE LE NON LIEU

Il ne faut pas se leurrer : l’élément qui viendra obliger la justice burkinabé à revenir sur le non-lieu ne s’est pas encore produit et risque de ne jamais se produire tant que le même pouvoir sera en place et qu’il continuera de bénéficier de la même hégémonie sur la vie nationale, et spécialement sur la justice et des mêmes appuis internationaux. Ni les protestations de l’opposition, ni les récriminations du Collectif, les pèlerinages des Femmes en noir sur la tombe de Norbert Zongo, ni les assauts médiatiques et judiciaires de Robert Ménard et les intimations de quelques Chancelleries n’ont pu venir à bout de la détermination des tenants du pouvoir à geler le dossier Norbert Zongo. Ils ont toujours invariablement fait pièce à toute velléité de relancer la procédure Norbert Zongo en faisant sauter le bouclier du non-lieu. Et pour cause, c’est une question de vie ou de mort pour eux ! Aujourd’hui, Moïse Ouédraogo, frère de David Ouédraogo, fait des révélations dans l’Evènement. On devine comment le pouvoir va prendre la chose. Par François Compaoré interposé, il est déjà en procès contre l’Evènement. Il aura beau jeu de dénoncer la connivence entre un journal qui a juré la perte du frère de Blaise Compaoré et un homme de peu de moralité qui a bénéficié des largesses du même François Compaoré et qui voudrait maintenant en retour, le payer en ingratitude. Moïse Ouédraogo en effet est tout sauf un personnage recommandable. Il en a lui-même si conscience qu’il détaille par le menu comment il a été cadeauté par le frère du chef de l’Etat, s’efforçant de convaincre par des justificatifs alambiqués, qu’il s’est fait le complice malgré lui d’un recel de malfaiteurs dans cette affaire. Les juges, qui ne se sont jamais embarrassés de prétextes les plus fallacieux pour protéger le pouvoir de toute procédure judiciaire, n’auront vraiment pas de mal ici pour rejeter avec fracas une quelconque demande de réouverture du dossier. Peut-être même que François Compaoré pourrait, tant qu’à faire ! engager une autre procédure pour diffamation, escroquerie ou toute autre prévention du genre contre le repris de justice Moïse Ouédraogo qui, tout juste libéré de la MACO (où il a purgé une peine de six mois pour vol de carburant à l’aéroport) chercherait un moyen de se renflouer, de se venger ou de se rendre intéressant. Mais ce serait aussi une autre procédure que pourrait mouvementer François Compaoré contre l’Evènement qui décidément, fait dans la récidive ! Manifestement, il n’y a vraiment pas de quoi faire un ramdam autour de cette affaire qui ressemble à un pétard mouillé, à une tempête dans un verre d’eau.


TOMY.

LES REVELATIONS DE MOISE OUEDRAOGO DOIVENT ENTRAINER LA REOUVERTURE DU DOSSIER ZONGO

Les éléments nouveaux apportés par Robert Ménard en appui à sa demande de réouverture du dossier N. Zongo, bien que rejetés, étaient probants. Ceux contenus dans l’interview accordée par Moïse Ouédraogo à l’Evénement, le sont tout autant sinon davantage. C’est cette impression qui domine à la lecture du journal, aux yeux de tout lecteur. Aujourd’hui en effet, après la sédition des militaires, on ne parle que de cette interview dans tout le Burkina Faso et il y a de quoi en effet ameuter l’opinion. Le frère de David Ouédraogo fait des révélations et même des aveux portant sur les circonstances de l’assassinat de David. Il cite des noms, décrit des faits et démêle par son propos bien des écheveaux dans le dossier. On apprend par exemple que juste après le décès de David, le DG de Fasoplas et François Compaoré ont tout fait pour que le cousin de David, Dieudonné, retire sa plainte. A cet effet, le DG remettra 100 000 fcfa et une note de François Compaoré pour les remercier d’avoir écrit dans l’Opinion qu’aucune plainte n’avait été déposée par la famille de David. S’en suivront tout un tas de gratifications et d’avantages dont un emploi vite octroyé à Moïse, une maison louée cadeau, un viatique de 50 000 fcfa par mois... François Compaoré rassurant, dira même, selon Moïse, ne «pas avoir peur des écrits de Norbert car d’ici là, ça prendra fin ». Propos éloquents ! Si Moïse parle aujourd’hui, c’est que les temps sont durs et qu’une fois le procès David fini, on l’a oublié alors qu’il a femme et enfants à nourrir. C’est peut-être vrai mais cela n’altère en rien la qualité et l’importance de ses propos. En fouillant dans la Cabinet d’un juge d’instruction, en procédant à des confrontations, on peut apporter les éclairages qui manquent au dossier Norbert Zongo. Et Moïse Ouédraogo est prêt à parler. Il dit même être prêt à tout balancer, y compris les menaces à l’endroit de Arthur, le cousin qui s’opposait à la collaboration avec les François, et aussi sur la mort suspecte de Lonfo (un autre cousin) qui les avait mis en garde contre leurs « amis » : «Vos gars ont assassiné Norbert. Ils sont mauvais ces gens-là. Méfiez-vous beaucoup ». Dans n’importe quelle affaire pénale, un juge consciencieux ne se ferait pas prier, au vu de cette interview, pour chercher à en savoir plus et à œuvrer pour la réouverture du dossier Norbert Zongo. En tout les cas, les militants de la lutte contre l’impunité, les avocats de Norbert Zongo, le Collectif, les Femmes en noir, les partenaires techniques et financiers qui ne réclament pas la réouverture du dossier seulement du bout des lèvres, ont de quoi ici remonter au filet pour que le quadruple assassinat de Sapouy soit enfin élucidé. Le mieux que puisse faire le pouvoir, c’est d’instruire le Parquet d’engager la réouverture du dossier Zongo !


TOZI.

Citation de la semaine

«Apprendre à mieux connaître pour moins aimer »

Proust






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