San
Finna N°396 du
15 au 21 Janvier 2007
"Il n'est de Liberté qu'en dehors de l'Abus"
POINT
DE VUE
COTE D’IVOIRE
DIALOGUE INTER IVOIRIEN DE LAURENT GBAGBO
DILEMME CORNELIEN ?
On le croyait dépourvu de finesse, d’antécédent
politique et on prédisait qu’échoué
accidentellement à la présidence de la république
de Côte d’Ivoire, il y aurait la vie d’un
météorite. Eh bien, Laurent Gbagbo en a
imposé à plus d’un au point qu’aujourd’hui,
ce sont ses plus fidèles adversaires qui en viennent
à lui reconnaître des qualités d’homme
d’Etat.
Pour réussir
la prouesse de tenir tête depuis 4 ans à
une coalition internationale qui compte des puissances
africaines et mondiales comme des institutions régionales
et internationales de renom, il fallait effectivement
qu’il ait eu des aptitudes insoupçonnées.
La suite qu’il a donnée à la dernière
résolution, la 1721, en est une des toutes dernières
illustrations éclatantes. Il a non seulement su,
encore une fois, tirer son épingle du jeu en amenant
l’opinion internationale à en faire une interprétation
qui lui soit favorable mais il a rebondi sur l’esprit
de la 1721 avec des propositions de dialogue direct qui
accrochent et qui plus est, gênent ses protagonistes.
Lorsque, après 4 ans de crise, il parle de dialogue
inter ivoirien, il a tout un background qui plaide pour
lui. Il a toutes les expériences ratées
de Lomé jusqu’aux différentes résolutions
de la maison de verre en passant par Accra, Abuja, Addis,
Accra, Pretoria et nous en passons. Il n’est pas
de recette amiable qui n’ait été tentée
dans le cadre de ce dossier au plan international. On
peut comprendre qu’au lieu de se perdre en remèdes
extérieurs, administrés par de bonnes volontés
externes, on consente enfin à donner sa chance
au génie ivoirien en permettant que les fils du
pays se retrouvent en tête à tête,
les yeux dans les yeux, pour régler leurs problèmes.
Le background vient aussi d’exemples qui ont eu
cours dans d’autres pays : au Togo, en RDC, en RCA..
Là-bas aussi, on a fini de guerre lasse, à
donner la priorité aux initiatives internes pour
résoudre les problèmes internes et ça
n’a pas trop mal marché.
Voilà qui explique que l’idée ne soit
pas écartée du revers de la main comme cela
aurait pu l’être en d’autres temps.
Mais si on ne fait pas mauvais accueil aux propositions
formulées par le premier Ivoirien, c’est
aussi parce que le contexte international est en mutation
avancée. Kofi Annan a fait ses malles en ne laissant
pas le meilleur souvenir qui soit de ses interventions
dans le différend ivoirien. Jacques Chirac s’apprête
dans le meilleur des cas à transporter ses pénates
en Corrèze si les affaires ne le rattrapent pas.
En Afrique, Amani Toumani Touré semble avoir pris
ses distances... Quant à Blaise Compaoré,
il a maille à partir avec son armée, ce
qui en rajoute à ses multiples soucis de gouvernance
de plus en plus contestée.
Par la force des choses, une tendance lourde se dégage
pour une cote mal taillée, pour des voies de sortie
de crise où l’on perdrait le moins de plumes
possibles et au fond, ni Jacques Chirac ni Blaise Compaoré,
ni la communauté internationale ne seraient mécontents
que Laurent Gbagbo leur donne le prétexte d’en
finir avec cette sale affaire.
Mais, disions-nous aussi, le dossier gêne comme
une arête de poisson. Il en indispose plus d’un
aux entournures qui le ressentent comme un dilemme cornélien.
Il ressemble à un jeu où celui qui refuse,
perd. Rejeter ou faire obstacle à la main tendue,
c’est dans les circonstances présentes, manquer
de nationalisme, d’esprit de consensus et de paix.
L’accepter et permettre sa mise en œuvre, c’est
reconnaître ses erreurs et voire même pour
quelques-uns, s’engager dans un déclin politique
certain. C’est la situation dans laquelle se trouvent
non seulement la communauté internationale mais
plus particulièrement tous ceux qui, à un
titre ou à un autre, sont considérés
comme les parrains de la rébellion. En effet, ni
Jacques Chirac, ni Blaise Compaoré n’oseront
aller à contre-courant de cette initiative sans
confirmer les accusations qui pèsent sur eux.
Du côté de l’opposition civile ivoirienne,
la perte d’influence des ténors et la désaffection
croissante de l’opinion internationale par rapport
au mode de gestion jusqu’à présent
pratiqué dans le dossier ivoirien de même
que les ralliements les plus divers de plus en plus visibles
au président ivoirien, réduisent la puissance
de frappe de ses leaders. Et quand on considère
leur baisse d’emprise en termes de mobilisation
pour contester les décisions de Laurent Gbagbo,
on comprend que la surenchère ne puisse plus être
leur pièce maîtresse. Enfin, ils peuvent
être irrités par les propositions de Laurent
Gbagbo qui les marginalisent et tout autant, par la réponse
de Guillaume Soro qui les asticote et leur bat froid mais
ils n’ont pas d’autre choix que de faire le
dos rond sinon que d’apparaître comme des
freins à la réconciliation nationale, à
la paix.
Par ailleurs, cette gêne est perceptible au niveau
de la rébellion elle-même. Comme l’opposition
civile, elle sait qu’elle n’est plus aussi
terrifiante, que sans ses appuis extérieurs, la
situation ira de Charybde en Sylla. Du reste, elle voit
aussi venir les choses et comprend qu’elle doit
savoir les quitter avant qu’elles ne la quittent.
La main tendue du président ivoirien est une occasion
rêvée pour sortir d’une situation de
plus en plus difficile au plan politique, économique,
social, militaire.. et regagner la République.
Le « deal » à ses yeux est d’autant
plus bon à conclure qu’il offre le retour
sur un plateau d’argent -avec la reconnaissance
du statut de fait de chef de file de l’opposition
aux Forces Nouvelles- avec un possible premier Ministère
à Guillaume Soro, sans compter tous les agréments
qui pourraient en découler en termes d’amnistie,
d’intégration des rebelles dans l’armée
régulière comme dans les rouages de l’Etat...
C’est on le voit, « tout bénéf
» pour elle !
Charles Konan Banny, enfin, sur qui beaucoup avaient parié
(notamment la France) est contraint avec le tour pris
par les évènements, d’adopter un profil
bas et de préparer une sortie qui lui soit honorable.
Il était venu comme un tampon, comme un homme au-dessus
des clivages partisans, comme un technicien pour aider
son pays. Aucune des parties manifestement n’en
a plus besoin, et l’opinion ne le considère
plus comme l’homme de la situation. Ce qui lui reste
à faire, c’est de se préparer, à
défaut de se faire le chaud partisan de la main
tendue, de regagner sa sinécure de la BCEAO avant
qu’il ne vienne à l’idée de
quelques pays de revenir sur leurs promesses de lui garder
sa place au chaud, au cas où…
Voilà par conséquent un dialogue intérieur
paré des vertus du consensus, mais en vérité
une véritable potion amère que pour sa part,
Laurent Gbagbo est prêt à avaler sans grimacer
même si cela doit faire la promotion de la rébellion
et parer le front de Blaise Compaoré d’un
diadème de plus de pacificateur ! Pour peu que
la Côte d’Ivoire y gagne en paix, le premier
Ivoirien est partant !
La chose se passera-t-elle comme sur du billard ? Les
bulldozers politiques que sont Henri Konan Bédié
et Alassane Dramane Ouattara, accepteront-ils facilement
de se retrouver gros jean comme devant en faisant ainsi
la courte échelle au jeunot Guillaume Soro ? N’y
a-t-il pas de risque de déchirure du G 7 ? La question
est posée depuis le message houspilleur et un rien
comminatoire au goût de certains « éléphants
» de l’opposition, de Guillaume Soro, et plus
encore depuis le report sine die de la rencontre à
laquelle il avait convié les Houphouéttistes.
Quoi qu’il en soit, la main tendue reste toujours
tendue avec un avantage politique et diplomatique pour
son initiateur.
BAZEMO
Guy Hermann
Psychopédagogue
Tél : 76 64 17 30