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San Finna N°395 du 08 au 14 Janvier 2007
"Il n'est de Liberté qu'en dehors de l'Abus" 

DECLARATION DU MOUVEMENT DE LA PAIX
RELATIVE AUX INCIDENTS DES 19, 20 ET 21 DECEMBRE 2006
ENTRE MILITAIRES ET POLICIERS

Les 19, 20 et 21 décembre 2006, les populations de la ville de Ouagadougou ont vécu en direct des affrontements armés entre des militaires et des policiers.

Le point culminant de ces affrontements a été atteint dans la nuit du 20 au 21 décembre 2006. Une atmosphère de couvre feu de fait a régné sur la ville toute cette nuit jusqu’au petit matin. Le bilan de ces incidents inédits dans l’histoire de notre pays est lourd :

* Les pertes en vies humaines : à ce niveau, le bilan est contradictoire. Alors que les médias donnent 6 à 8 morts dans les 2 camps, le gouvernement dit qu’il y a eu 5 morts en tout.

* Le nombre des blessés par balles est inconnu ; le gouvernement n’a pas donné de chiffre officiel à ce niveau ; les médias eux non plus n’ont pas pu vérifier le nombre exact de blessés. Les journalistes ont certainement été découragés et dissuadés dans leurs enquêtes sur le nombre exact de blessés par une note de service de la direction générale du Centre Hospitalier Universitaire Yalgado Ouédraogo en date du 21 décembre 2006 qui dit que : « il a été constaté que certains organes de presse, sans autorisation, se dissimulent pour travailler dans nos services ; il importe désormais d’aviser l’administration pour tout travail avec les médias engageant la responsabilité de l’hôpital ».

* Les dégâts matériels occasionnés par ces affrontements sont également importants mais le citoyen lambda ne connaît pas à ce jour le coût financier alors que ce matériel a été acquis grâce à l’argent du contribuable (budget). Le peuple a droit à l’information juste et le gouvernement devrait revoir son bilan.

* Au plan diplomatique, le bilan est aussi important : sommets de la CEDEAO et de l’UEMOA reportés, célébration du 1 er anniversaire du quinquennat du président Blaise Compaoré annulé, rencontre avec les jeunes reportées sine die, l’image du Burkina Faso, pays de pays et de stabilité démystifiée, etc. etc. Mais comment en est-on arrivé là ? La réponse à cette question se trouve dans la déclaration du Mouvement de la Paix faite à l’occasion de la journée internationale de la Paix célébrée le 21 septembre 2006. Dans cette déclaration, le Mouvement de la Paix tirait la sonnette d’alarme en ces termes : « Au Burkina Faso, nous vivons encore en paix, et cela grâce aux efforts de tous, mais jusqu’à quand ? En effet, chaque jour qui passe voit se renforcer les tendances à la rupture de la paix au pays des hommes intègres. Cette situation de paix fragile est même reconnue par des chancelleries et des partenaires financiers du Burkina Faso ; en effet, selon une source d’un hebdomadaire généralement bien informé de la place : « … une récente réunion des diplomates et partenaires financiers du Burkina Faso sur l’évaluation de la situation de notre pays estime la dangerosité du climat social à quatre sur une échelle de six… »

Le Mouvement de la Paix a identifié 3 menaces sérieuses à la paix au Burkina Faso. Et comme tête de liste de ces menaces sérieuses à la Paix, l’Association a retenu l’impunité et a constaté que « le régime de la IV ème République traîne les pieds pour combattre et éradiquer ce fléau (source déclaration). L’impunité s’est taillée une place importante au Burkina Faso à tel point que certains policiers se sont transformés en des « cow-boys » et ont la gâchette trop facile vis-à-vis des citoyens. Certes, dans ce corps, il y a des hommes et des femmes honnêtes, travailleurs et respectueux des lois et des principes de l’Etat de droit. Le Mouvement de la Paix a, dans un de ses écrits antérieurs, félicité les forces de défense et de sécurité, y compris les policiers pour avoir adoptés des comportements républicains lors du conflit post-électoral consécutif aux élections municipales à Comin-Yanga (province du Koulpélogo), comportements qui ont permis d’assurer la sécurité du maire élu, celle des populations et de limiter les dégâts. Mais les quelques policiers hors la loi évoqués plus haut, qui assassinent en toute impunité des présumés délinquants après les avoir arrêtés, menottés et mis en « cellule », ces gens là ternissent l’image de l’institution policière. L’exemple le plus illustratif et le plus récent est le cas du triple assassinat de Bogandé/Piéla ; leurs crimes impunis ont fini par « gonfler » certains d’entre eux qui se croyaient tout permis et ils franchiront le rubicond ce 19 décembre 2006 en tuant par balle un militaire sans arme, et ce qui devait arriver, arriva !

Le meurtre du 19 décembre 2006 aurait dû être maîtrisé et géré pacifiquement si les présumés coupables étaient rapidement mis aux arrêts et traduits en justice. Mais la hiérarchie policière a traîné les pieds et la situation s’est dégradée.

Les procureurs Barry Abdoulaye et Adama Sagnon, respectivement commissaire général du gouvernement et procureur général pour le premier, procureur du Faso pour le deuxième, ces procureurs disons-nous, pouvaient eux aussi apaiser la situation au regard de leurs prérogatives respectives si dès la commission du meurtre le 19 décembre 2006, ils avaient rapidement organisé une conférence de presse pour dire que les présumés meurtriers du soldat Adi Kamboré étaient aux arrêts et la machine judiciaire déclenchée pour faire la lumière sur cet incident malheureux. Peut-être que cela allait dissuader les jeunes militaires ou en tout cas limiter les dégâts. Eux qui pourtant sont d’habitude si prompts à communiquer et à réagir par voie de presse lorsqu’il s’agit des dossiers Norbert Zongo ou Thomas Sankara sont restés hélas, très discrets à propos de ce meurtre et à ce jour, continuent de briller par un silence assourdissant !

Le gouvernement et les jeunes militaires viennent de trouver une solution ce qui a permis l’arrêt des affrontements depuis le 22 décembre 2006. Il faut s’en féliciter mais dans la nuit du 29 au 30 décembre 2006, des tirs nourris à l’arme automatique se faisaient encore entendre dans la zone du camp militaire de l’unité sis secteur 9 de Gounghin. De sources hospitalières, ces incidents ont fait six (6) blessés par balles. Toutefois, il n’y a pas eu de mort d’hommes fort heureusement. Cette situation instable prouve que la solution concoctée est fragile d’où la nécessité d’œuvrer à trouver une solution durable à la crise.

Le Mouvement de la Paix, conformément à ses principes et à sa nature d’organisation de la société civile oeuvrant pour la promotion, la protection des droits humains et pour la paix sociale :

- Condamne les violations des droits humains commises par les 2 camps les 19, 20 et 21 décembre 2006

- Propose la convocation des Etats généraux des forces de défense et de sécurité afin qu’elles identifient elles-mêmes leurs problèmes et fassent des recommandations à l’autorité compétente pour les solutions pacifiques de sortie de crise.

- Réitère sa proposition sur la nécessité de convoquer un Forum Vérité, Justice et Réconciliation Nationale à l’instar de l’Afrique du Sud et du Libéria car vouloir coûte que coûte tourner la page hideuse de notre Histoire sans l’avoir lue et tirer des leçons, serait une faute grave ; les mêmes erreurs réapparaîtront forcément dans les pages suivantes avec une forte probabilité de rupture totale et durable de la paix sociale.

- Exhorte les Forces de défense et de sécurité à se respecter mutuellement et à privilégier la voie pacifique et/ou judiciaire pour résoudre leurs différends.

Ouagadougou, le 30 décembre 2006

Pour le Mouvement de la Paix

Le Président
Dr Banga Pierre BIDIMA







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