QUESTION
DE SAN FINNA
Que
vous inspire le message du chef de l’Etat du
31 décembre 2006 au regard de la situation
nationale plutôt tendue?
Abel
Toussaint COULIBALY, Président de l’UPR
: Je vous remercie. J’ai personnellement
trouvé le discours du Président Compaoré
précis et concis. J’ai remarqué
qu’il ne s’est pas attardé sur
la situation internationale et cela certainement parce
qu’il y a beaucoup d’autres cadres appropriés
à ces questions. Le Président Blaise
Compaoré s’est câblé sur
la situation nationale à travers des questions
majeures telles que la paix sociale, le développement
qui sont des questions prises en compte par le programme
quinquennal. Le président appelle, au-delà
des seuls partisans (NDLR : la majorité) l’ensemble
du peuple burkinabé à notre idéal
commun : le développement du Burkina. Contrairement
à ce que diront certains, je trouve les propos
du président très positifs et ceci au-delà
de toutes considérations.
Me
Hermann YAMEOGO, Président de l’UNDD
: J’adhère aux propos de l’Evêque
de Ouahigouya, Monseigneur Philippe Ouédraogo
qui, s’est fait le porte-voix de la majorité
des Burkinabé en répliquant au message.
Le chef de l’Etat, c’est vrai, n’est
pas coutumier de grandes démonstrations oratoires
mais les circonstances de la vie nationale et internationale
commandaient qu’il abandonne un peu la langue
de bois. Nous avons effectivement, malgré le
discours convenu, à faire face à des
problèmes de sécurité, de justice,
de démocratie, d’entente avec nombre
de pays voisins. Au lieu d’aborder ces problèmes,
propositions à la clef, le chef de l’Etat
s’est contenté, en contradiction avec
les faits, de nous réciter la leçon
de la croissance positive, structurelle que connaît
le pays depuis une dizaine d’années,
de nous abreuver de la réalité du dialogue
et patati et patata.. Pour lui, tout le monde il est
beau il est gentil. Tant pis pour les aigris, les
jaloux qui ne voient pas tout ce qui est construit
de beau et d’éternel pour le pays notamment
les réalisations pharaoniques de Gosyam. Le
plus inquiétant dans tout cela, c’est
que le message a été livré au
moment même où le pays vivait la crise
la plus grave au sein de son armée et vis-à-vis
de laquelle l’inquiétude des Burkinabé
était telle qu’ils attendaient de Blaise
Compaoré autre chose qu’une réaction
aussi furtive. A l’UNDD, nous passons pour des
empêcheurs de tourner en rond. Aujourd’hui,
l’histoire nous donne raison de nos dénonciations
sur l’organisation et le fonctionnement de l’armée
(le déséquilibre qui s’y creuse,
sa privatisation, la dissipation des valeurs traditionnelles
qui la fondent, le mépris vis-à-vis
des petits soldats, de leurs difficultés quotidiennes..).
Mais l’histoire nous donne aussi raison d’une
manière générale de nos mises
en garde par rapport aux dérives de notre processus
démocratique et de nos demandes réitérées
d’une pause nationale pour repenser le processus
électoral, nos institutions, bref notre gouvernance
nationale. Ce n’est pas être rebelle à
la patrie que d’avoir cette position ; nous
jouons simplement notre rôle de citoyen actif
et d’opposant résolu.
Ceci dit, je souhaite que cette nouvelle année
engendre le meilleur pour le Burkina Faso, que la
vie nationale connaisse une amélioration notable
par une gestion plus soucieuse de redistribution sociale.
S’agissant en particulier de l’armée,
je souhaite que l’on y fasse entrer le souffle
de la concertation, du dialogue pour régler
les graves problèmes qu’elle connaît,
qu’à défaut de supprimer la CRS
on rétablisse militaires et policiers dans
leur rôle traditionnel, qu’en d’autres
termes, chacun reste chez soi pour que les moutons
soient bien gardés. En cela, malgré
nos différences, je considère comme
une lueur d’espérance la dernière
sortie du député Mahama Sawadogo, dans
l’Observateur Paalga du 5 janvier 2007 («Tensions
dans le couple ‘Défense/Sécurité’,
il faut ouvrir le débat »)., après
une analyse non polémique mais plutôt
technique et républicaine de cette rupture
d’harmonie entre militaires et policiers, des
causes profondes qui peuvent l’expliquer, il
en appelle à un large débat qui prépare
à de nécessaires réformes. C’est
la voie que nous avons toujours proposée à
l’UNDD au-delà de la question de l’armée
pour la gouvernance nationale. Je souhaite, pour le
plus grand bien du pays, que cette réflexion
grandisse au sein du CDP, qu’elle soit «
boostée » par les partenaires et qu’en
conséquence, au lieu de foncer tête baissée
dans l’organisation des élections à
venir avec une CENI qui reste plus que jamais impropre
à assurer la transparence électorale,
on revisite nos institutions, notre démocratie.
Je souhaite enfin que Blaise Compaoré soit
un acteur plus déterminant dans la résolution
de la crise ivoirienne. Ce qu’il fait pour le
Togo (avec lequel il n’a pas toujours eu les
meilleures relations), il devrait plus encore le faire
pour la Côte d’Ivoire si liée avec
le Burkina Faso. Si Laurent Ggagbo et les siens ne
craignent pas de faire appel à lui à
cet effet, malgré les résistances extraordinaires
qui existent en terre éburnéenne au
regard de notre responsabilité dans la crise,
il doit permettre la saine reconnexion de nos deux
peuples.
Abdul Fataph Savadogo, Etudiant en droit,
année de maîtrise, militant de la CPJ
: Je vais certainement choquer mais je pense
qu’il ne faut pas rendre ce discours de fin
d’années, obligatoire. En un mot «
Concitoyennes, concitoyens, recevez notre regret pour
le préjudice que vous avez pu subir suite à
l’incident qu’il y a eu entre policiers
et militaires. J’engage les premiers responsables
de ces éléments… pour le reste,
on va consolider les acquis ». Je ne sais pas
de quels acquis on parle : l’insécurité,
la vie chère, l’impossibilité
des enfants du peuple d’aller à l’école,
la précarité de la paix sociale ou l’impossibilité
d’avoir une opinion contraire à celle
du CDP, sont-ils des acquis ? Qu’on nous prenne
au sérieux !
Cyril
GOUNGOUNGA, Président du PARIS : Je
trouve naturellement le discours du Président
très positif. Depuis 1987 que le président
est chef de l’Etat, j’ai toujours pris
du plaisir à l’écouter. Et la
qualité des discours va crescendo. Ce dernier
discours, à mon avis, est adapté au
contexte actuel. Le président du Faso a su
être ferme et conciliateur notamment par rapport
à l’action des militaires. Cette action,
qui a été diversement appréciée
par l’opinion, a été bien traitée
par le président avec un ton conciliateur mais
ferme. En outre, je pense que si Blaise Compaoré
ne s’est pas trop appesanti sur la situation
internationale, c’est parce que beaucoup de
cadres lui sont ouverts pour en parler exclusivement.
Enfin, je crois comme lui qu’il faut arrêter
de chercher loin : il faut être jaloux de nos
résultats. En un mot, consolider les acquis
sans pour autant oublier que le plus grand reste à
faire. J’aimerais pour finir faire un vœu
de succès à nos étudiants de
l’UFR/SJP (UO) et de l’ENAREF et de l’ensemble
des militants du PARIS.
Adama
Bayala, Etudiant en Histoire, 4ème année,
président COPAJU : A la veille du
nouvel an, s’adressant à la nation, le
Capitaine Blaise Compaoré a une fois de plus
prôné au travers d’un discours
qui n’a point varié de celui de l’année
dernière. Ainsi, le président censeur
a parlé de tout et de rien du tout, en prenant
le soin de ne rien dire qui intéresse la vie
du peuple burkinabé. Axant son propos sur trois
points essentiels, le Capitaine mercenaire a parlé
des acquis démocratiques, du renforcement de
l’œuvre démocratique et encore et
toujours de promesses démagogiques. Au regard
du verbiage politico-artistique, mécaniquement
monté, nous sommes en droit de nous poser des
questions et de réagir pour que prenne fin
la longue marche éhontée du mensonge
politique qui n’a que trop duré. Qu’entendez-vous
par acquis démocratique, Monsieur le Révolutionnaire
rectificateur démocrate ? La démocratie
participe-t-elle de l’illégitimité
et de la corruption ? Mon Capitaine, vous êtes
un président illégitime et vous devez
votre réélection à la faveur
de la modification de la constitution de notre pays
et des élections de type soviétique.
La démocratie rime-t-elle avec l’utilisation
des moyens de l’Etat pour acheter et corrompre
les différents responsables des organes constitutionnels
? La démocratie rime-t-elle avec le marchandage
et l’achat des consciences des masses rurales
qui n’ont jamais eu de répit encore qu’elles
croupissent sous le joug d’une paupérisation
toujours grandissante et croissante dont l’unique
coupable est connu et su de tous.
C’est pourquoi, Camarade président, encore
que vous êtes mal élu et illégitime,
nous vous demandons purement et simplement de nous
épargner de vos aberrations politiques. Car
il n’y a pas que dans le pays de Thomas Sankara,
des moutons de Panurge. Camarade Président,
qu’attendez-vous également pour le renforcement
de l’œuvre démocratique ? Cela participe-t-il
également de la peur et de la faim que vous
suscitez chez vos concitoyens en les réduisant
à la mendicité ? Ou encore ce renforcement
se construit-il avec des kalachnikovs dont les seuls
détenteurs ne sont que des pages à votre
solde ? L’œuvre démocratique pour
laquelle vous commandez tous les Burkinabé,
mon Capitaine, encore que nous n’avons pas la
même compréhension de la Démocratie,
ne saurait bénéficier de notre assentiment
encore moins de notre viatique. Contentez-vous de
ceux qui d’ailleurs nombreux, sont à
votre solde. N’est-ce pas d’ailleurs quelques-uns
d’entre eux, des militaires las de lécher
vos bottes, qui ont manifesté leur courroux
les 20 et 21 décembre 20063 ? Qu’en est-il
?
Devrions-nous subir urbi et orbi, comprendre que leurs
actions et leurs réclamations sont aussi à
mettre au compte du renforcement de la démocratie
« à la Faso » ?
Ce qui est sûr, nombre de vos ministres parmi
lesquels Monique Ilboudo, Ministre de la Promotion
des droits humains, a reconnu que tout pouvait chanceler
en un rien de temps. Mais qu’entend-elle par
tout ? Considérer « tout » pour
une maison. Or, une maison construite sur le sable
et le mensonge ne résiste pas aux intempéries,
elle s’écroule au moindre choc. Cependant,
celle méticuleusement construite selon des
règles et des normes de construction en bâtiment
résiste ; mieux, elle ne montre aucun signe
de défaillance et de faiblesse.
Alors, cher Timonier, encore qu’il est admis
que tout peut basculer d’un moment à
un autre, admettez aussi qu’il n’y a point
d’acquis démocratique, donc rien à
renforcer. Quand, Camarade, comprendrez-vous que le
verbe et les promesses vaines doivent s’éclipser
pour faire place à l’action et l’œuvre
de construction nationale ?
Notre peuple, notre brave peuple n’a pas une
mémoire de coq car il a encore à l’esprit
le tableau lumineux, selon vous, vos ambitions politiques
pour le Faso, dressé pendant les campagnes
présidentielles de 2005.
Pour finir, Capitaine président, nous ne saurions
nous arrêter sans vous inviter une fois de plus
à rentrer par la grande porte de l’histoire
car « quand la justice tarde à agir,
c’est qu’elle est allée chercher
au loin des gros bâtons verts et flexibles pour
châtier les coupables ».
Pour notre pays, nous ne désarmerons point
!
Pour l’égalité et la justice,
nous ne désarmerons point !