Mise à jour le 07/01/2007
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San Finna N°395 du 08 au 14 Janvier 2007
"Il n'est de Liberté qu'en dehors de l'Abus"

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QUESTION DE SAN FINNA

Que vous inspire le message du chef de l’Etat du 31 décembre 2006 au regard de la situation nationale plutôt tendue?

Abel Toussaint COULIBALY, Président de l’UPR : Je vous remercie. J’ai personnellement trouvé le discours du Président Compaoré précis et concis. J’ai remarqué qu’il ne s’est pas attardé sur la situation internationale et cela certainement parce qu’il y a beaucoup d’autres cadres appropriés à ces questions. Le Président Blaise Compaoré s’est câblé sur la situation nationale à travers des questions majeures telles que la paix sociale, le développement qui sont des questions prises en compte par le programme quinquennal. Le président appelle, au-delà des seuls partisans (NDLR : la majorité) l’ensemble du peuple burkinabé à notre idéal commun : le développement du Burkina. Contrairement à ce que diront certains, je trouve les propos du président très positifs et ceci au-delà de toutes considérations.

Me Hermann YAMEOGO, Président de l’UNDD : J’adhère aux propos de l’Evêque de Ouahigouya, Monseigneur Philippe Ouédraogo qui, s’est fait le porte-voix de la majorité des Burkinabé en répliquant au message. Le chef de l’Etat, c’est vrai, n’est pas coutumier de grandes démonstrations oratoires mais les circonstances de la vie nationale et internationale commandaient qu’il abandonne un peu la langue de bois. Nous avons effectivement, malgré le discours convenu, à faire face à des problèmes de sécurité, de justice, de démocratie, d’entente avec nombre de pays voisins. Au lieu d’aborder ces problèmes, propositions à la clef, le chef de l’Etat s’est contenté, en contradiction avec les faits, de nous réciter la leçon de la croissance positive, structurelle que connaît le pays depuis une dizaine d’années, de nous abreuver de la réalité du dialogue et patati et patata.. Pour lui, tout le monde il est beau il est gentil. Tant pis pour les aigris, les jaloux qui ne voient pas tout ce qui est construit de beau et d’éternel pour le pays notamment les réalisations pharaoniques de Gosyam. Le plus inquiétant dans tout cela, c’est que le message a été livré au moment même où le pays vivait la crise la plus grave au sein de son armée et vis-à-vis de laquelle l’inquiétude des Burkinabé était telle qu’ils attendaient de Blaise Compaoré autre chose qu’une réaction aussi furtive. A l’UNDD, nous passons pour des empêcheurs de tourner en rond. Aujourd’hui, l’histoire nous donne raison de nos dénonciations sur l’organisation et le fonctionnement de l’armée (le déséquilibre qui s’y creuse, sa privatisation, la dissipation des valeurs traditionnelles qui la fondent, le mépris vis-à-vis des petits soldats, de leurs difficultés quotidiennes..). Mais l’histoire nous donne aussi raison d’une manière générale de nos mises en garde par rapport aux dérives de notre processus démocratique et de nos demandes réitérées d’une pause nationale pour repenser le processus électoral, nos institutions, bref notre gouvernance nationale. Ce n’est pas être rebelle à la patrie que d’avoir cette position ; nous jouons simplement notre rôle de citoyen actif et d’opposant résolu.

Ceci dit, je souhaite que cette nouvelle année engendre le meilleur pour le Burkina Faso, que la vie nationale connaisse une amélioration notable par une gestion plus soucieuse de redistribution sociale. S’agissant en particulier de l’armée, je souhaite que l’on y fasse entrer le souffle de la concertation, du dialogue pour régler les graves problèmes qu’elle connaît, qu’à défaut de supprimer la CRS on rétablisse militaires et policiers dans leur rôle traditionnel, qu’en d’autres termes, chacun reste chez soi pour que les moutons soient bien gardés. En cela, malgré nos différences, je considère comme une lueur d’espérance la dernière sortie du député Mahama Sawadogo, dans l’Observateur Paalga du 5 janvier 2007 («Tensions dans le couple ‘Défense/Sécurité’, il faut ouvrir le débat »)., après une analyse non polémique mais plutôt technique et républicaine de cette rupture d’harmonie entre militaires et policiers, des causes profondes qui peuvent l’expliquer, il en appelle à un large débat qui prépare à de nécessaires réformes. C’est la voie que nous avons toujours proposée à l’UNDD au-delà de la question de l’armée pour la gouvernance nationale. Je souhaite, pour le plus grand bien du pays, que cette réflexion grandisse au sein du CDP, qu’elle soit « boostée » par les partenaires et qu’en conséquence, au lieu de foncer tête baissée dans l’organisation des élections à venir avec une CENI qui reste plus que jamais impropre à assurer la transparence électorale, on revisite nos institutions, notre démocratie. Je souhaite enfin que Blaise Compaoré soit un acteur plus déterminant dans la résolution de la crise ivoirienne. Ce qu’il fait pour le Togo (avec lequel il n’a pas toujours eu les meilleures relations), il devrait plus encore le faire pour la Côte d’Ivoire si liée avec le Burkina Faso. Si Laurent Ggagbo et les siens ne craignent pas de faire appel à lui à cet effet, malgré les résistances extraordinaires qui existent en terre éburnéenne au regard de notre responsabilité dans la crise, il doit permettre la saine reconnexion de nos deux peuples.

Abdul Fataph Savadogo, Etudiant en droit, année de maîtrise, militant de la CPJ : Je vais certainement choquer mais je pense qu’il ne faut pas rendre ce discours de fin d’années, obligatoire. En un mot « Concitoyennes, concitoyens, recevez notre regret pour le préjudice que vous avez pu subir suite à l’incident qu’il y a eu entre policiers et militaires. J’engage les premiers responsables de ces éléments… pour le reste, on va consolider les acquis ». Je ne sais pas de quels acquis on parle : l’insécurité, la vie chère, l’impossibilité des enfants du peuple d’aller à l’école, la précarité de la paix sociale ou l’impossibilité d’avoir une opinion contraire à celle du CDP, sont-ils des acquis ? Qu’on nous prenne au sérieux !

Cyril GOUNGOUNGA, Président du PARIS : Je trouve naturellement le discours du Président très positif. Depuis 1987 que le président est chef de l’Etat, j’ai toujours pris du plaisir à l’écouter. Et la qualité des discours va crescendo. Ce dernier discours, à mon avis, est adapté au contexte actuel. Le président du Faso a su être ferme et conciliateur notamment par rapport à l’action des militaires. Cette action, qui a été diversement appréciée par l’opinion, a été bien traitée par le président avec un ton conciliateur mais ferme. En outre, je pense que si Blaise Compaoré ne s’est pas trop appesanti sur la situation internationale, c’est parce que beaucoup de cadres lui sont ouverts pour en parler exclusivement. Enfin, je crois comme lui qu’il faut arrêter de chercher loin : il faut être jaloux de nos résultats. En un mot, consolider les acquis sans pour autant oublier que le plus grand reste à faire. J’aimerais pour finir faire un vœu de succès à nos étudiants de l’UFR/SJP (UO) et de l’ENAREF et de l’ensemble des militants du PARIS.

Adama Bayala, Etudiant en Histoire, 4ème année, président COPAJU : A la veille du nouvel an, s’adressant à la nation, le Capitaine Blaise Compaoré a une fois de plus prôné au travers d’un discours qui n’a point varié de celui de l’année dernière. Ainsi, le président censeur a parlé de tout et de rien du tout, en prenant le soin de ne rien dire qui intéresse la vie du peuple burkinabé. Axant son propos sur trois points essentiels, le Capitaine mercenaire a parlé des acquis démocratiques, du renforcement de l’œuvre démocratique et encore et toujours de promesses démagogiques. Au regard du verbiage politico-artistique, mécaniquement monté, nous sommes en droit de nous poser des questions et de réagir pour que prenne fin la longue marche éhontée du mensonge politique qui n’a que trop duré. Qu’entendez-vous par acquis démocratique, Monsieur le Révolutionnaire rectificateur démocrate ? La démocratie participe-t-elle de l’illégitimité et de la corruption ? Mon Capitaine, vous êtes un président illégitime et vous devez votre réélection à la faveur de la modification de la constitution de notre pays et des élections de type soviétique. La démocratie rime-t-elle avec l’utilisation des moyens de l’Etat pour acheter et corrompre les différents responsables des organes constitutionnels ? La démocratie rime-t-elle avec le marchandage et l’achat des consciences des masses rurales qui n’ont jamais eu de répit encore qu’elles croupissent sous le joug d’une paupérisation toujours grandissante et croissante dont l’unique coupable est connu et su de tous.

C’est pourquoi, Camarade président, encore que vous êtes mal élu et illégitime, nous vous demandons purement et simplement de nous épargner de vos aberrations politiques. Car il n’y a pas que dans le pays de Thomas Sankara, des moutons de Panurge. Camarade Président, qu’attendez-vous également pour le renforcement de l’œuvre démocratique ? Cela participe-t-il également de la peur et de la faim que vous suscitez chez vos concitoyens en les réduisant à la mendicité ? Ou encore ce renforcement se construit-il avec des kalachnikovs dont les seuls détenteurs ne sont que des pages à votre solde ? L’œuvre démocratique pour laquelle vous commandez tous les Burkinabé, mon Capitaine, encore que nous n’avons pas la même compréhension de la Démocratie, ne saurait bénéficier de notre assentiment encore moins de notre viatique. Contentez-vous de ceux qui d’ailleurs nombreux, sont à votre solde. N’est-ce pas d’ailleurs quelques-uns d’entre eux, des militaires las de lécher vos bottes, qui ont manifesté leur courroux les 20 et 21 décembre 20063 ? Qu’en est-il ?

Devrions-nous subir urbi et orbi, comprendre que leurs actions et leurs réclamations sont aussi à mettre au compte du renforcement de la démocratie « à la Faso » ?

Ce qui est sûr, nombre de vos ministres parmi lesquels Monique Ilboudo, Ministre de la Promotion des droits humains, a reconnu que tout pouvait chanceler en un rien de temps. Mais qu’entend-elle par tout ? Considérer « tout » pour une maison. Or, une maison construite sur le sable et le mensonge ne résiste pas aux intempéries, elle s’écroule au moindre choc. Cependant, celle méticuleusement construite selon des règles et des normes de construction en bâtiment résiste ; mieux, elle ne montre aucun signe de défaillance et de faiblesse.

Alors, cher Timonier, encore qu’il est admis que tout peut basculer d’un moment à un autre, admettez aussi qu’il n’y a point d’acquis démocratique, donc rien à renforcer. Quand, Camarade, comprendrez-vous que le verbe et les promesses vaines doivent s’éclipser pour faire place à l’action et l’œuvre de construction nationale ?

Notre peuple, notre brave peuple n’a pas une mémoire de coq car il a encore à l’esprit le tableau lumineux, selon vous, vos ambitions politiques pour le Faso, dressé pendant les campagnes présidentielles de 2005.

Pour finir, Capitaine président, nous ne saurions nous arrêter sans vous inviter une fois de plus à rentrer par la grande porte de l’histoire car « quand la justice tarde à agir, c’est qu’elle est allée chercher au loin des gros bâtons verts et flexibles pour châtier les coupables ».

Pour notre pays, nous ne désarmerons point !

Pour l’égalité et la justice, nous ne désarmerons point !





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