San
Finna N°395 du
08 au 14 Janvier 2007
"Il n'est de Liberté qu'en dehors de l'Abus"
RELATIONS
PARTIS/CENI
LA MOUTARDE MONTE AU NEZ
L’opposition
est fâchée tout rouge ; elle donne de la
voix, boycotte la CENI comme cela ressort de la lettre
ci-dessous parvenue à notre Rédaction.
Que le président
de la CENI, ses collaborateurs et les partis politiques
d’opposition ne filent pas le parfait amour, c’est
tout sauf une révélation. Au fil des scrutins,
leurs relations (on le sait bien) se sont fortement dégradées.
Les partis politiques d’opposition, géniteurs
de la CENI, se sont rendus compte que cette dernière
a dévié de l’esprit premier qui a
été à la base de sa création,
qu’ils ont fabriquée et qui au bout du compte
s’est transformée en un Frankenstein.
Nombre de ces opposants, parmi lesquels Me Hermann Yaméogo,
ont eu ouvertement maille à partir avec le président
de la CENI lui-même parce qu’il dénonçait
justement la récupération de l’instrument
électoral par le pouvoir, son incapacité
à gérer le processus électoral dans
la transparence et l’équité.
Les dernières consultations ont à ce point
validé leurs critiques, consacré l’inféodation
de la CENI par le pouvoir que sur les antennes de RFI,
Christophe Boisbouvier a eu à s’étonner
en des termes non voilés de la position partisane
du président de la CENI qui s’en prenait
vertement au président de l’UNDD comme l’aurait
ferait un adversaire politique. De fait, le scrutin présidentiel
de novembre dernier et les municipales qui ont suivi ont
dépassé toutes les limites de la violence,
de la fraude, de la corruption, de la défaillance
de la CENI.
Face à l’émotion suscitée au
sein des partis politiques d’opposition, l’opinion
en venait à donner foi aux proclamations de cette
dernière que dorénavant, ce serait la tolérance
zéro avec la structure de Moussa Michel Tapsoba
et ses méthodes antidémocratiques. Le maître
mot qui ressortait des déclarations générales
était au préalable de la relecture du code
électoral, de la constitution pour remettre la
démocratie sur les rails et procéder à
une décantation de la scène politique en
définissant des frontières précises
entre majorité et opposition notamment.
Mais dès que le coup de gong du renouvellement
a été lancé, que le bal a été
ouvert, ce fut la ruée débridée aux
strapontins, aux perdiems et autres avantages qui découlent
de la participation aux structures de la CENI. Fini, enterré,
le serment. Négligées les multiples irrégularités
qui ont émaillé ces renouvellements ; jetée
aux oubliettes la dénonciation du rôle hybride
de certains partis qui, tel l’ADF/RDA, se promènent
dans la cour de l’opposition et soupent à
la table de la majorité.
Ce qui devait arriver, arriva. Moussa Michel Tapsoba,
oint par l’opposition elle-même, renforcé
par une légitimité qu’il n’espérait
plus, s’est donné encore plus d’audace
dans ses entreprises ; l’ADF/RDA (avec lequel les
partis politiques d’opposition se réclamant
de la vraie opposition ont composé, élaboré
des stratégies), se retrouve à revendiquer
haut et fort son appartenance à l’opposition
tout en restant ancré au gouvernement et dans le
soutien du programme de Blaise Compaoré. Mais plus
grave, les perspectives s’assombrissaient pour la
relecture du processus électoral et la reconstruction
de la démocratie.
Qu’aujourd’hui, les partis politiques d’opposition,
prenant prétexte d’une entourloupe de plus
de la CENI dans le Kadiogo décident de protester
et de boycotter les structures de la CENI dans le Kadiogo
tant que les choses ne seront pas remises en l’état
est une bonne chose, l’esquisse d’un sursaut
qui peut racheter les fautes et prédisposer au
renouveau démocratique.
Encore faudrait-il cette fois-ci ne pas faire les choses
à moitié et comprendre que ce dont il est
question ici, ce n’est pas une simple suspension
du processus au niveau du Kadiogo et un simple boycott
dans l’attente de la reconduction des éléments
désignés par l’opposition dans les
structures de la CENI mais une remise en cause générale
de la CENI qui mène en tandem avec le pouvoir le
processus électoral et la démocratie au
bout du précipice. Du reste, le contexte, faut-il
le rappeler, est tout à fait propice à ce
genre de mobilisation aux fins refondatrices. En effet,
ce n’est rien moins que ce que font actuellement
les militaires en servant au passage un pied de nez aux
leaders politiques, syndicaux et de la société
civile qui, pour des considérations multiples,
manquent pour la majorité d’honorer le leadership
qui est être le leur.
Mais à ce qu’il paraît, on va voir
ce qu’on va voir : les choses vont se préciser
dans les jours qui viennent non seulement par rapport
à tous ces préalables mais aussi par rapport
à l’ADF/RDA qui a refusé de prendre
avec toute l’opposition la voie du boycott pour
protester contre le refus du président de la CENI
d’inscrire en débat, les problèmes
soulevés par l’opposition. Gageons que ce
ne sera pas de la frime mais en attendant les évolutions
futures, voyons donc la lettre ouverte adressée
au président de la CENI.
PN
Les
partis de l’opposition
A
Monsieur le Président de la CENI,
Monsieur
le Président,
Le
29 décembre 2006, les représentants de l’opposition
au sein des démembrements de la CENI du Kadiogo
(CEPI, CECI, CEIA) légalement désignés
se sont retirés de la cérémonie de
prestation de serment au Palais de justice de Ouagadougou.
La raison de cet acte est le non respect du procès
verbal légal et légitime dans la désignation
des représentants de l’opposition dans les
démembrements de la CENI du Kadiogo en date du
06 novembre 2006.
En effet à la lecture de l’arrêté
de nomination des membres des démembrements, il
a été constaté la modification de
la liste des représentants de l’opposition
par la CENI. Ainsi deux représentants de l’opposition,
à savoir AYO Azenwo Soumaïla (MPS/Parti Fédéral)
et NIKIEMA Edith (PFID) ont été remplacés
par TAPSOBA Victor (RDR) et COMPAORE Ablan (COPAC).
En tripatouillant la liste des représentants de
l’opposition dans les démembrements du Kadiogo,
la CENI a posé un acte illégal grave dont
vous assumerez toutes les conséquences présentes
et à venir.
Les partis politiques de l’opposition se sont retrouvés
en réunion extraordinaire autour de la question
le 30 décembre 2006, après votre refus de
les recevoir le 28/12/2006 et le 29/12/2006.
Les partis politiques de l’opposition rendent la
CENI responsable de la détérioration du
climat qui commence à s’installer entre elle
et les partis de l’opposition.
Les partis politiques de l’opposition vous réaffirment
que la CENI est le fruit de la lutte de l’opposition
et des forces démocratiques pour l’organisation
d’élections libres, équitables et
transparentes au Burkina Faso.
Les partis politiques de l’opposition par conséquent
ne sauraient tolérer sa transformation en un instrument
de plus au service du CDP et de son pouvoir.
C’est pourquoi les partis politiques de l’opposition
sur la situation des démembrements du Kadiogo exigent
:
1.
le respect strict de la liste des représentants
de l’opposition dans les démembrements de
la CENI au Kadiogo contenu dans le procès verbal
du 06 novembre 2006
2. la reprise partielle de l’élection du
bureau de la CEIA de Boulmiougou notamment le poste de
rapporteur en vue de respecter l’article 25 du code
électoral.
3. l’arrêt immédiat du processus électoral
du Kadiogo notamment le recrutement des agents recenseurs
jusqu’au règlement de la crise En tout état
de cause, la CENI assumera l’entière responsabilité
des conséquences éventuelles.
Tout
en vous assurant de notre ferme détermination à
défendre nos droits et tous les acquis démocratiques
conquis de haute lutte, veuillez croire Monsieur le président
à notre haute considération ;